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legendes golfe du morbihan
Brume sur les îles du Golfe du Morbihan au lever du jour
Culture · Golfe du Morbihan · Bretagne sud

Les légendes du Golfe du Morbihan

Fées, courants et pierres enchantées

Le Golfe du Morbihan, cette petite mer intérieure parsemée d’îles, est né d’une légende. Depuis des siècles, fées, fantômes et symboles y façonnent un imaginaire collectif aussi puissant que les courants de marée. Découvrez les récits qui hantent encore ces rivages.

Des récits millénaires

Le Golfe du Morbihan ne se résume pas à ses paysages. Derrière les îles, les courants et les mégalithes se cachent des légendes transmises de génération en génération. Ici, les fées ont créé la petite mer intérieure, un courant porte le nom d’un cheval mythique, un château médiéval abrite un fantôme facétieux et un petit animal blanc est devenu le symbole de toute la Bretagne. Ces récits, nourris par la tradition orale et les légendes bretonnes, font partie du patrimoine vivant du territoire.

La grande légende

Comment les fées ont créé le Golfe

Fées à l'origine du Golfe du Morbihan — illustration
Tradition orale

Les fées chassées
de Brocéliande

Il y a très longtemps, des fées vivaient paisiblement au cœur de la forêt de Brocéliande. Protégées par les chênes centenaires et les brumes matinales, elles régnaient sur un monde de douceur et de magie. Mais un jour, les korrigans — ces petits êtres espiègles du folklore breton — décidèrent de les chasser.

Le chagrin des fées fut immense. Tellement immense que les larmes qu’elles versèrent se transformèrent en torrents. Ces torrents dévalèrent vers le sud et finirent par remplir une vaste dépression entre les terres. Ainsi naquirent les eaux du Golfe du Morbihan — « Mor bihan » en breton, ce qui signifie « petite mer ».

Avant de s’envoler vers d’autres contrées, les fées jetèrent leurs couronnes de fleurs dans les eaux. Au contact de l’eau, chaque couronne donna naissance à une île. Et chaque pétale arraché par le vent engendra un îlot. Selon la légende, les fées jetèrent trois cent soixante-cinq couronnes — autant que de jours dans l’année. En réalité, on recense une quarantaine d’îles. Le charme du récit, toutefois, reste intact.

Trois couronnes, emportées par un vent plus fort, s’aventurèrent au-delà du goulet de Port-Navalo, vers l’océan. Deux d’entre elles formèrent les îles d’Houat et d’Hoëdic. Quant à la troisième — la plus belle, celle de la reine des fées — elle dériva loin vers le large. C’est ainsi que naquit Belle-Île-en-Mer.

La variante de la forêt de Rhuys. Une autre version situe l’origine des fées sur la presqu’île de Rhuys. Chassées par la hache des hommes qui défrichaient les bois, les fées s’envolèrent comme un essaim. Durant leur traversée, une poussière d’or tomba de leurs ailes et retomba sur les eaux du Golfe, donnant naissance aux îles.

Courants et mythes marins

La légende de l’île de la Jument

Morvarc'h, le cheval fantastique des légendes bretonnes — île de la Jument
Entre île Berder et île de la Jument

Le cheval
et la mer

Entre l’île Berder et l’île de la Jument, au sud du Golfe, se faufile le deuxième courant le plus puissant d’Europe. Lors des grandes marées, il peut atteindre 9,1 nœuds — soit plus de 16 km/h. L’eau s’y précipite comme une rivière en furie, creusant des tourbillons et des « marmites » à la surface.

D’où vient ce nom ? Dans les traditions maritimes bretonnes, le cheval est l’allégorie de la mer — une force sauvage et indomptable. Les anciens décrivaient la houle comme « la crinière d’un cheval au galop ». À Tréguier, on distinguait même trois types de vagues : la jument enragée, la jument blanche et la jument bleue. Selon la légende locale, le mouvement des remous du courant à cet endroit ressemble à la magnifique crinière d’une jument lancée au galop. C’est cette image qui donna son nom à l’île — « Ar Gazeg » ou « Er Gazeg » en breton — puis au courant lui-même.

Cette association entre cheval et mer plonge ses racines bien au-delà du Golfe. En Cornouaille, la légende de la ville d’Ys met en scène Morvarc’h, un cheval fantastique capable de galoper sur les flots. Dans le Finistère, la pointe de Penmarc’h porte un nom signifiant « tête de cheval » en breton. Et l’origine de cette symbolique remonte à l’Antiquité : dans la mythologie grecque, Poséidon était à la fois le dieu des mers et des chevaux.

Aujourd’hui, le courant de la Jument impressionne toujours autant les navigateurs. Les kayakistes s’en servent comme d’un tapis roulant naturel. Les vieux gréements de la Semaine du Golfe y défient les remous. Et les ferries qui relient les îles frôlent les pointes rocheuses pour profiter des contre-courants, pilotés par des capitaines qui connaissent ces eaux par cœur.

L’île de la Jument. Cette île privée de 8 hectares, couverte de pins et d’arbres fruitiers, est rattachée à la commune d’Arzon depuis 1770. Elle accueille aujourd’hui une maison de vacances pouvant recevoir une quinzaine de personnes.

Presqu’île de Rhuys

Le fantôme du château de Suscinio

Château de Suscinio à Sarzeau — résidence des Ducs de Bretagne
Château de Suscinio · Sarzeau

Un revenant joueur
et facétieux

Sur la presqu’île de Rhuys, le château de Suscinio domine les marais et la forêt depuis le XIIIe siècle. Ancienne résidence des ducs de Bretagne, cette forteresse imposante cache une légende bien différente des récits de fées. Ici, c’est un fantôme qui règne — un fantôme plutôt sympathique.

On raconte que certains soirs, lorsque le château est calme et que le vent souffle depuis l’océan, une silhouette apparaît dans les couloirs. Les témoins sont unanimes : ce spectre est bienveillant. Il jouerait à cache-cache avec les visiteurs attardés, disparaissant au moment où l’on croit l’apercevoir. Le fantôme aurait ses endroits de prédilection : les combles du château et la garde-robe du duc au troisième étage.

Selon la tradition, ce spectre serait le fils d’un ancien capitaine de la garde. Après son décès, il serait revenu hanter ces murs qu’il avait connus et aimés de son vivant. Contrairement à l’Ankou — le personnage squelettique et sa charrette grinçante qui collecte les âmes des défunts — ou aux lavandières de nuit qui lavent les linceuls au clair de lune, le fantôme de Suscinio n’inspire aucune terreur. Il fait partie du lieu, au même titre que les pavés de la cour et les créneaux.

Légendes de Penvins. Non loin de Suscinio, la chapelle de Penvins abrite d’autres récits. Au Xe siècle, saint Gildas aurait déclenché une tempête qui ensevelit une flotte de Vikings sous une dune. Au XVIIe siècle, l’apparition d’un homme et d’une femme brandissant un dragon aurait suffi à faire fuir les Anglais prêts à débarquer.

Symbole de Bretagne

L’hermine, emblème né d’une légende

L'hermine, symbole de la Bretagne
Anne de Bretagne

La mare boueuse
et la duchesse

On retrouve l’hermine partout dans le Golfe du Morbihan : sur les armoiries de Vannes, au détour d’une promenade à Auray, sur les façades des maisons anciennes. Comment ce petit mammifère est-il devenu le symbole de toute une région ?

La légende raconte que la duchesse Anne de Bretagne assistait un jour à une chasse. Au cours de la poursuite, elle aperçut une hermine traquée par une meute de chiens. L’animal, acculé devant une mare de boue, refusa de la traverser. Plutôt mourir que se salir — telle semblait être la devise de cette petite bête au pelage immaculé.

Stupéfaite par ce geste de courage, Anne de Bretagne ordonna aux chasseurs de cesser la poursuite. Elle laissa la vie sauve à l’hermine et en fit aussitôt son emblème personnel. La devise qu’elle adopta résume ce choix : « Plutôt la mort que la souillure » — « Kentoc’h mervel eget bezañ saotret » en breton. Depuis ce jour, l’hermine est devenue le symbole de la Bretagne tout entière. On la retrouve sur le Gwenn ha Du (le drapeau breton), sur les blasons des communes et jusque dans les décors des maisons anciennes du Golfe.

Pour mémoire, l’hermine est un petit mammifère carnivore de la famille des mustélidés. Son pelage est brun sur le dos et blanc sur le ventre en été. En hiver, il devient entièrement blanc — seul le bout de la queue reste noir. C’est cette fourrure hivernale, blanche à pointe noire, que l’on retrouve stylisée sur les emblèmes bretons.

Pays d’Auray

Saint Goustan et le poisson miraculeux

Port de Saint-Goustan à Auray de nuit — maisons à colombages
Port de Saint-Goustan · Auray

Un pirate devenu
patron des marins

Le port de Saint-Goustan à Auray, avec ses quais pavés et ses maisons à colombages, doit son nom à un personnage de légende. Goustan est né en 974 en Cornouaille. À 18 ans, il fut enlevé par des pirates bretons qui le réduisirent au rôle de mousse. Blessé au cours d’un assaut, jugé inutile, ses ravisseurs l’abandonnèrent sur une île déserte — probablement l’île d’Houat, au large du Golfe du Morbihan.

Seul et affamé, Goustan parvint à pêcher un gros poisson. Il n’en mangeait qu’un morceau chaque jour — et chaque matin, le poisson se recomposait entièrement. Ce prodige lui permit de survivre des semaines durant. Un rocher se ramollit même à son contact pour lui servir de couche. C’est sur cette île que le moine Félix de Rhuys le recueillit, le soigna et le convertit au christianisme.

Devenu moine à son tour, Goustan rejoignit l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys en 1008, puis fonda un prieuré sur l’île de Hoëdic. Il mourut en 1040 à Beauvoir-sur-Mer. Depuis, Goustan — souvent représenté un poisson à la main — est le patron des marins et des pêcheurs. C’est pourquoi le plus beau port du pays d’Auray porte son nom.

La Vierge de Kerpenhir. À Locmariaquer, la statue de Notre-Dame de Kerdro rappelle une autre légende du pays d’Auray. Des marins auraient aperçu la Vierge sur la pointe de Kerpenhir. En regagnant le port, ils échappèrent à une tempête qui engloutit plusieurs navires. L’apparition leur avait sauvé la vie.

Presqu’île de Rhuys

Saints, Vikings et dragons

Légendes de la presqu'île de Rhuys — illustration
De Saint-Gildas à Penvins

Des légendes forgées
par la mer

La presqu’île de Rhuys est un territoire où l’histoire et les légendes s’entremêlent depuis des millénaires. Au VIe siècle, le moine Gweltas — saint Gildas — fonda une abbaye celtique sur cette terre sauvage. Sa présence spirituelle marqua la presqu’île pour toujours. On raconte que Gildas possédait des pouvoirs surnaturels et qu’il les mit au service des habitants contre les envahisseurs.

À la chapelle de Penvins, deux légendes sont restées vivaces. La première remonte au Xe siècle : une prière de saint Gildas aurait provoqué une tempête si violente qu’une dune entière se souleva et ensevelit une flotte de Vikings mouillée au large. On pouvait encore observer les épaves pourrir sur la grève des années après.

La seconde date du XVIIe siècle. Alors que des soldats anglais s’apprêtaient à débarquer, un homme et une femme apparurent trois fois sur la falaise, l’air menaçant. La femme — sans doute la Vierge — brandissait une quenouille dont jaillit un dragon. Les Anglais, terrifiés, firent demi-tour sans combattre. Depuis, la chapelle Notre-Dame de Penvins reste un lieu de pèlerinage, où l’on vient remercier autant que se souvenir.

Au-delà du Golfe

La Bretagne, terre de légendes

Les légendes du Golfe ne sont qu’un chapitre du patrimoine oral breton. La légende de la ville d’Ys, cité engloutie sous les flots de la baie de Douarnenez, est l’un des mythes les plus célèbres du folklore celtique. La légende de Conomor, le « Barbe-Bleue » breton, mêle prophétie, meurtres et résurrection au cœur de la forêt de Carnoët. La légende de la fée de l’île de Loc’h nous entraîne dans un conte de sortilèges au fond des eaux des Glénan.

Et les légendes arthuriennes — Merlin, Viviane, le roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde — prennent vie en forêt de Brocéliande, à moins d’une heure du Golfe. Le tombeau de Merlin, la fontaine de Barenton, le Val sans retour : autant de lieux où l’imaginaire breton reste palpable.

Amour tragique

La légende des deux îles

Savez-vous pourquoi l’Île-aux-Moines et l’île d’Arz sont séparées ? Un amour impossible entre un jeune marin d’Izenah et une fille de pêcheurs, des moines lassés par un chant quotidien, des korrigans appelés à la rescousse — et un isthme englouti pour toujours. C’est l’un des récits les plus poignants du Golfe du Morbihan.

Lire la légende des 2 îles
Golfe du Morbihan — terre de légendes
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La Bretagne,
terre de légendes

Les légendes du Golfe ne sont qu’un chapitre. Forêt de Brocéliande, ville d’Ys, korrigans et chevaliers — la Bretagne tout entière vibre de récits millénaires.

Toutes les légendes bretonnes
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