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    Pointe de Penvins en presqu'île de Rhuys — chapelle et littoral morbihannais
    Culture · Presqu’île de Rhuys · Morbihan

    La Presqu’île de Rhuys entre histoire et légendes

    Fantômes, dragons et batailles oubliées

    La presqu’île de Rhuys est l’un des territoires les plus chargés d’histoire du Morbihan. Ici, un fantôme facétieux hante les combles d’un château ducal, un saint moine terrasse un dragon à l’aide d’une pelote de laine, et une butte mystérieuse garde la mémoire des batailles navales de César. Découvrez les récits qui traversent les siècles sur cette langue de terre entre Golfe du Morbihan et océan Atlantique.

    Une presqu’île entre histoire et légendes

    La presqu’île de Rhuys occupe le flanc sud du Golfe du Morbihan, fermant la petite mer intérieure vers l’océan. Son paysage luxuriant — landes, marais, falaises et plages — abrite depuis le Néolithique une succession ininterrompue d’habitants. Mégalithes celtes, traces romaines, résidences ducales : l’histoire ici ne se lit pas seulement dans les livres, elle se voit dans le sol, dans les pierres et dans les récits que les anciens transmettent encore. Ces légendes font partie du patrimoine vivant de la presqu’île, au même titre que les grandes légendes bretonnes.

    Château de Suscinio · Sarzeau

    Le fantôme facétieux de Suscinio

    Sarzeau · Résidence des ducs de Bretagne

    Un esprit joueur dans
    les combles ducaux

    Le château de Suscinio, résidence des ducs de Bretagne édifiée aux XIIIe et XIVe siècles, est l’un des monuments les plus impressionnants du Morbihan. Mais passé le coucher du soleil, les gardiens du lieu ont longtemps rapporté une présence que l’architecture n’explique pas : un fantôme qui erre dans les combles et la garderobe du troisième étage.

    La tradition locale lui prête une identité précise. Ce serait le fils d’un ancien capitaine de la garde, mort dans le château et revenu y passer l’éternité. Contrairement aux spectres menaçants d’autres légendes bretonnes, celui de Suscinio est décrit comme bienveillant et joueur : il se dissimule dès qu’on l’approche, réapparaît ailleurs, s’amuse à déconcerter les visiteurs nocturnes sans jamais les effrayer vraiment. Un fantôme de comédie dans un décor de tragédie médiévale.

    Ce récit, transmis de génération en génération dans les familles de Sarzeau, illustre le lien particulier que les habitants de la presqu’île entretiennent avec ce château qui a vu passer Jean IV, Jean V et tant d’autres figures du duché. Suscinio n’est pas seulement un monument historique : c’est un lieu habité, au sens le plus littéral du terme.

    Suscinio, résidence des ducs. Construit à partir du XIIIe siècle et agrandi au XIVe, le château fut la résidence estivale des ducs de Bretagne jusqu’à la fin du duché. Classé monument historique dès 1840, il est aujourd’hui géré par le Conseil départemental du Morbihan et se visite toute l’année.

    Pointe de Penvins · Saint-Gildas-de-Rhuys

    Saint Gildas, le dragon et les envahisseurs

    Statue de saint Gildas — presqu'île de Rhuys
    Ve–VIe siècle · Xe siècle

    Une pelote de laine contre
    un monstre des landes

    La pointe de Penvins, à l’extrémité méridionale de la presqu’île, concentre à elle seule plusieurs siècles de légendes. Le personnage central en est saint Gildas le Sage, fondateur au VIe siècle de l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys — que dirigea bien plus tard le philosophe Abélard. Ce moine breton d’origine galloise est crédité de deux exploits qui ont marqué la mémoire collective de la presqu’île.

    Le premier est la chasse au dragon. Dans les landes proches de Penvins vivait une créature serpentine qui sortait chaque année de sa tanière pour dévorer moutons et habitants. Le jour où le monstre s’attaqua au neveu de Gildas, le saint prit les choses en main. Il s’approcha de la grotte et lança une pelote de laine dont l’aiguille à tricoter servait d’hameçon. La mâchoire du dragon accrochée, Gildas le traîna jusqu’à la pointe du Grand Mont à Saint-Gildas-de-Rhuys, puis son cheval bondit jusqu’à l’île d’Houat. Sur un rocher de cette île, on peut encore voir, dit la légende, l’empreinte du sabot.

    Le second exploit concerne les envahisseurs du Xe siècle. La tradition raconte qu’une flotte viking s’approchant de la pointe de Penvins fut stoppée net par une tempête que Gildas aurait provoquée par la prière — les bateaux aurissant et pourrissant sur place, visibles des rives pendant des années. Dans une autre version, deux silhouettes menaçantes apparurent sur le rivage — l’une tenant une quenouille, l’autre brandissant un dragon — et suffirent à faire fuir l’envahisseur sans qu’un seul coup soit porté.

    La chapelle de Penvins. Érigée à l’emplacement même où se seraient déroulés ces prodiges, la chapelle de Penvins est un lieu de pèlerinage marial depuis le XVIIe siècle. Un panneau informatif à proximité retrace les différentes versions de ces légendes, transmises par la tradition orale locale.

    Arzon · 57 av. J.-C.

    La butte de César et le haut dignitaire du Néolithique

    La butte de César — presqu'île de Rhuys, Arzon
    Arzon · De la Préhistoire à la conquête romaine

    La colline qui a vu
    deux fois l’histoire basculer

    En entrant sur la presqu’île de Rhuys en direction d’Arzon, une butte se dresse au bord de la route. Elle porte un nom qui ne laisse guère de doute sur sa réputation : la butte de César. La légende veut que Jules César lui-même, en 57 avant notre ère, s’y soit posté pour observer la grande bataille navale qui opposa la flotte romaine à celle des Vénètes — ce puissant peuple gaulois dont la presqu’île de Rhuys était l’un des fiefs.

    Les Vénètes maîtrisaient la navigation atlantique mieux que personne. Leurs navires à voile en bois de chêne surpassaient en robustesse les galères romaines. César, comprenant qu’il ne pouvait les battre sur l’eau par la force brute, aurait fait couper leurs drisses au harpon depuis de petites embarcations rapides, immobilisant les voiles et rendant leurs grands vaisseaux ingouvernables. De sa butte, il aurait contemplé l’effondrement de la résistance vénète.

    Mais la légende de ce tertre est double. Bien avant César, la butte aurait eu une tout autre vocation. Des indices archéologiques laissent penser qu’elle était un lieu funéraire — la sépulture d’un haut dignitaire du Néolithique. La colline du conquérant romain recouvrirait ainsi la tombe d’un chef de clan disparu trois mille ans plus tôt. Deux histoires superposées dans un même monticule de terre : la presqu’île de Rhuys a toujours aimé les secrets bien gardés.

    Les Vénètes et le Golfe du Morbihan. Le peuple vénète avait fait du Golfe du Morbihan l’un de ses principaux centres commerciaux. La défaite navale de 57 av. J.-C. marqua la fin de leur indépendance et ouvrit l’Armorique à la romanisation. Les traces de leur présence — poteries, ancres en pierre, ports aménagés — sont encore étudiées par les archéologues sous-marins dans les eaux du Golfe.

    Saint-Gildas-de-Rhuys · XIIe siècle

    Abélard, l’abbé maudit de Rhuys

    Héloïse et Abélard — la leçon d'astronomie, peinture de Durupt
    Saint-Gildas-de-Rhuys · 1125–1132

    Le philosophe qui s’enfuit
    de nuit par un passage secret

    En 1125, l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys reçut un abbé pas comme les autres : Pierre Abélard, le philosophe le plus célèbre d’Europe. Sa présence en bout de presqu’île n’était pas un choix — c’était un exil. Quelques années auparavant, à Paris, le chanoine Fulbert avait fait émasculer le brillant maître par deux sbires, châtiment pour avoir séduit et épousé en secret sa nièce Héloïse. Brisé, condamné, Abélard avait pris le froc. Les moines de Rhuys, cherchant un abbé puissant capable de redresser une communauté déclinante, lui firent appel.

    Il découvrit une abbaye à l’abandon et des moines qui n’avaient de religieux que le titre. Dans ses lettres à Héloïse — qui comptent parmi les textes les plus célèbres du Moyen Âge —, il décrit sans retenue ce qu’il trouva : « J’habite un pays barbare dont la langue m’est inconnue et en horreur. Les portes de l’abbaye ne sont ornées que de pieds de biches, d’ours, de sangliers et de dépouilles hideuses de hiboux. Les moines ne se réveillent qu’au son du cor et des chiens de meute. » Il tenta de leur imposer la règle de saint Benoît. Ils répondirent en postant des brigands sur les chemins pour le tuer, et en glissant du poison dans son calice.

    Abélard s’en tira par miracle. En 1132, ne pouvant plus sortir de l’abbaye sans risquer sa vie, il s’enfuit de nuit par un passage secret. Il regagna Paris, retrouva ses disciples, mourut en 1142. Sa tombe est aujourd’hui au Père-Lachaise, aux côtés d’Héloïse. À Saint-Gildas-de-Rhuys, il reste une petite rue qui porte son nom — et l’abbatiale romane du XIe siècle, l’une des plus belles de Bretagne, que ses moines indisciplinés ne lui laissèrent jamais terminer.

    L’abbatiale de Saint-Gildas-de-Rhuys. Fondée au VIe siècle par saint Gildas le Sage, reconstruite en pierre à partir de 1008, l’abbatiale est classée monument historique depuis 1840. Elle conserve dans sa sacristie les reliques de saint Gildas, dont le « bras bénissant » du XIVe siècle. Elle se visite toute l’année.

    Château de Suscinio — presqu'île de Rhuys, terre de légendes
    D’autres légendes à découvrir

    Le Golfe du Morbihan,
    terre de légendes

    Les légendes de la presqu’île de Rhuys ne sont qu’un chapitre du patrimoine oral breton. Fées, courants et pierres enchantées — les légendes du Golfe du Morbihan vous transportent au coeur de l’imaginaire breton, entre îles mystérieuses et récits millénaires.

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