Les légendes du Pays d’Auray
Saints, chouans et légendes marines
Le pays d’Auray est une terre chargée d’histoire et de légendes. Ici, un pirate devenu saint protège les marins, un saint ruse avec le diable pour bâtir un pont, un géant chouan défie l’ordre républicain. Découvrez les récits qui ont façonné l’identité de ce territoire entre Golfe du Morbihan et pays de Carnac.
Le pays d’Auray occupe une position singulière en Bretagne sud : à la charnière entre l’Argoat — la terre de l’intérieur — et l’Armor — le littoral. C’est ici, sur les rives du Loch, que s’est joué le destin du duché de Bretagne en 1364. C’est ici qu’un saint a rusé avec le diable pour construire un pont. C’est ici, entre le port de Saint-Goustan et les mégalithes de Locmariaquer, que se croisent les légendes de marins, de saints et de guerriers. Des récits qui font partie du patrimoine vivant du territoire, nourris par la tradition orale et par les grandes légendes bretonnes.
Saint Goustan et le poisson miraculeux
Un pirate devenu
patron des marins
Le port de Saint-Goustan à Auray, avec ses quais pavés et ses maisons à colombages, doit son nom à un personnage de légende. Goustan est né en 974 en Cornouaille. À 18 ans, il fut enlevé par des pirates bretons qui le réduisirent au rôle de mousse. Blessé au cours d’un assaut, jugé inutile, ses ravisseurs l’abandonnèrent sur une île déserte — probablement l’île d’Houat, au large du Golfe du Morbihan.
Seul et affamé, Goustan parvint à pêcher un gros poisson. Il n’en mangeait qu’un morceau chaque jour — et chaque matin, le poisson se recomposait entièrement. Ce prodige lui permit de survivre des semaines durant. Un rocher se ramollit même à son contact pour lui servir de couche. C’est sur cette île que le moine Félix de Rhuys le recueillit, le soigna et le convertit au christianisme.
Devenu moine à son tour, Goustan rejoignit l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys en 1008, puis fonda un prieuré sur l’île de Hoëdic. Il mourut en 1040 à Beauvoir-sur-Mer. Depuis, Goustan — souvent représenté un poisson à la main — est le patron des marins et des pêcheurs. C’est pourquoi le plus beau port du pays d’Auray porte son nom.
Benjamin Franklin à Saint-Goustan. En 1776, un vent contraire força Benjamin Franklin, en route vers la France pour demander l’aide de Louis XVI dans la guerre d’Indépendance américaine, à accoster au port de Saint-Goustan. Dans la mémoire collective alréenne, cet épisode est devenu un récit presque légendaire — le jour où l’Amérique est passée par Auray.
La bataille d’Auray et le lévrier Yoland
Le jour où la Bretagne
a choisi son duc
Le 29 septembre 1364, jour de la Saint-Michel, deux armées s’affrontent sur le plateau de Rostevel, au nord d’Auray, dans le vallon du marais de Kerzo. D’un côté, Charles de Blois, soutenu par la France et accompagné de Bertrand Du Guesclin. De l’autre, Jean de Montfort, allié aux Anglais et conseillé par John Chandos. Cette bataille met fin à vingt-trois années de guerre de Succession de Bretagne — et décide de l’avenir du duché.
Le combat est acharné. La consigne a été donnée de part et d’autre de ne pas faire de quartier au prétendant adverse. Charles de Blois est tué sur le champ de bataille. Du Guesclin est fait prisonnier. Jean de Montfort devient le duc Jean IV de Bretagne.
Une légende entoure cette bataille. Selon la tradition, une sorcière sauvée du lynchage par le père de Jean III avait offert au duc un jeune lévrier nommé Yoland. Elle avait déclaré que ce chien ne serait « jamais fidèle qu’au duc de Bretagne ». D’abord fidèle à Charles de Blois, Yoland aurait changé d’allégeance le jour de la bataille d’Auray : le lévrier s’approcha de Jean de Montfort, se dressa sur ses pattes arrière et vint lui lécher la main. Le soir même, Charles de Blois gisait sur le champ de bataille. Et le cœur de Yoland, sa mission accomplie, cessa de battre.
La Chartreuse d’Auray. En 1371, Jean IV fonda un monastère de Chartreux sur le lieu présumé de la bataille. Il attribua sa victoire à l’intercession de la Vierge Marie. Le site abrite aujourd’hui un mausolée dédié aux victimes du débarquement de Quiberon, ajoutant une couche mémorielle à ce lieu déjà chargé d’histoire.
Cadoudal, le géant insaisissable
Le chouan qui fit trembler
Napoléon
Georges Cadoudal est né le 1er janvier 1771 à Kerléano, un hameau de Brec’h aux portes d’Auray, dans une famille de paysans aisés. Son nom breton — « cado » signifiant guerrier et « dal » signifiant aveugle — annonce un homme qui ignore la peur. Brillant clerc de notaire, il bascule dans la résistance en 1793 lorsque la Convention impose la conscription. Il rejoint la chouannerie et gravit les échelons à une vitesse fulgurante.
En 1795, à la tête de 15 000 hommes, Cadoudal participe au débarquement de Quiberon aux côtés des émigrés royalistes. L’expédition échoue. Sept cent quarante-huit prisonniers sont fusillés dans les marais de Kerzo, près d’Auray — au Champ des Martyrs. La légende locale raconte que l’herbe refusa de pousser là où le sang des royalistes avait coulé, et que des feux follets — les âmes des défunts — guidaient les passants égarés loin du marais maudit.
Cadoudal, lui, reste insaisissable. Nommé commandant de l’armée catholique et royale de Bretagne par le futur Charles X, il multiplie les coups d’éclat, refuse la grâce de Napoléon et tente même un attentat contre le Premier consul. Trahi et capturé en 1804, il monte sur l’échafaud à Paris. Ses derniers mots, adressés à ses compagnons : « Montrons aux Parisiens comment meurent des chrétiens, des royalistes et des Bretons. » Son mausolée, à Kerléano, fait face à sa maison natale.
La Vierge de Kerpenhir
L’apparition
qui sauva les marins
À la pointe de Kerpenhir, à l’entrée ouest du Golfe du Morbihan, se dresse la statue de Notre-Dame de Kerdro. Elle regarde l’océan, bras levés vers le ciel. Derrière cette statue se cache une légende transmise par les familles de marins de Locmariaquer.
Un jour, des pêcheurs en mer aperçurent une silhouette lumineuse sur la pointe de Kerpenhir. Ils reconnurent la Vierge. En regagnant le port, ils échappèrent à une tempête effroyable qui engloutit plusieurs navires. L’apparition leur avait sauvé la vie. Depuis, les marins de Locmariaquer saluent la Vierge de Kerdro en passant devant la pointe, et les familles de pêcheurs y déposent des offrandes en remerciement.
Cette légende s’inscrit dans une longue tradition bretonne de protection mariale. Partout sur le littoral, des chapelles et des calvaires rappellent le lien entre la Vierge et les gens de mer. Mais à Kerpenhir, l’émotion est particulière : la statue regarde le large, là où les hommes ne reviennent pas toujours.
Le grand menhir brisé. Non loin de la pointe de Kerpenhir, le site des mégalithes de Locmariaquer abrite le grand menhir brisé d’Er Grah — 280 tonnes, 21 mètres de hauteur, la plus grande stèle jamais érigée au Néolithique. Son nom breton, « Men ar Hroëc’h », signifie « la pierre de la fée ». Personne ne sait pourquoi il est tombé.
Saint Cado et le pont du diable
Le saint qui rusa
avec le diable
Non loin d’Auray, sur la rivière d’Etel, une petite île porte le nom de Saint-Cado. Ce moine gallois du VIe siècle, venu évangéliser le Morbihan, s’installa sur cet îlot mais souffrait de son isolement. Pour relier l’île au continent, il lui fallait un pont — et les moyens d’un moine ne suffisaient pas.
Cado fit alors appel au diable, réputé bon bâtisseur. Satan accepta le marché, à une condition : il réclamerait l’âme du premier être vivant à traverser le pont. L’accord fut scellé. Le diable travailla toute la nuit et, au matin, un magnifique pont de pierre enjambait la rivière.
Mais Cado, fin stratège, avait un plan. Au lieu d’envoyer un homme, il fit traverser un chat. Le diable, furieux d’avoir été dupé, dut se contenter de l’âme du félin. Depuis ce jour, dit la légende, le pont de Saint-Cado tient debout — et le chat est devenu le symbole discret de l’île. On peut encore voir, encastrée dans la chaussée, une pierre que la tradition attribue à la colère du diable : en découvrant la ruse, il aurait frappé le sol du pied, y laissant son empreinte.
La chapelle et le lit de pierre. Aujourd’hui, l’île de Saint-Cado est un village de pêcheurs et d’ostréiculteurs. Sa chapelle romane du XIIe siècle, bâtie sur les fondations de l’oratoire de Cado, abrite un lit de pierre où le saint se serait couché — on dit qu’il guérit les sourds qui y posent l’oreille.
Le Golfe du Morbihan,
terre de légendes
Les légendes du pays d’Auray ne sont qu’un chapitre du patrimoine oral breton. Fées, courants et pierres enchantées — les légendes du Golfe du Morbihan vous transportent au cœur de l’imaginaire breton, entre îles mystérieuses et forteresses hantées.