La voilà la Blanche Hermine un symbole fort en Bretagne
Un petit animal, un emblème millénaire, une chanson devenue hymne.
On la retrouve sur le drapeau breton, sur les armoiries de Vannes et de Rennes, dans les chansons et les légendes. L’hermine est le symbole de la Bretagne depuis le XIIIe siècle. Mais derrière la moucheture héraldique, il y a d’abord un animal — discret, rapide, obstiné — et une histoire qui mêle héraldique médiévale, légende ducale et fierté populaire.
L’hermine un petit mammifère au pelage changeant
L’hermine (Mustela erminea) est un petit mammifère carnivore de la famille des mustélidés, qui regroupe aussi les fouines, les belettes et les blaireaux. Son corps est mince et allongé, entre 17 et 37 centimètres de long, prolongé par une queue courte de 6 à 12 centimètres. Agile et rapide, l’hermine est capable de chasser des proies plus grosses qu’elle — lapins, campagnols, lièvres. Elle vit dans les forêts, les landes, les prairies et les zones rocheuses de l’hémisphère nord, de l’Europe à l’Asie en passant par l’Amérique du Nord.
Ce qui rend l’hermine si reconnaissable, c’est son pelage. En été, sa fourrure est brune sur le dessus et blanche en dessous. En hiver, dans les régions froides, elle devient entièrement blanche — à l’exception du bout de sa queue, qui reste noir toute l’année. C’est précisément cette pointe noire que l’on retrouve, stylisée, dans la moucheture d’hermine héraldique. Au Moyen Âge, les peaux d’hermine étaient cousues côte à côte sur les boucliers et les vêtements, et la queue noire, fixée par trois barrettes en forme de croix, est devenue le motif que l’on connaît.
Et oui, l’hermine vit bien en Bretagne. On la trouve dans les zones rurales de la région — forêts, landes, bocages, zones côtières — même si l’observer reste difficile. C’est un animal sauvage et discret, surtout actif à l’aube et au crépuscule. Selon l’atlas des mammifères de Bretagne (éditions Locus Solus), l’espèce est toujours présente dans la région, notamment dans le Finistère et le Morbihan.
Pourquoi l’hermine est le symbole de la Bretagne
L’hermine entre dans l’histoire bretonne au début du XIIIe siècle, par le biais de l’héraldique. En 1202, la duchesse Alix de Bretagne épouse Pierre de Dreux, un cadet de la maison capétienne de Dreux. Selon les règles féodales, seul l’aîné hérite du blason familial — les cadets doivent y ajouter une « brisure », un signe distinctif. Pierre de Dreux, initialement destiné à la cléricature, choisit la moucheture d’hermine, symbole de pureté morale. C’est ainsi que l’hermine fait son apparition sur le blason de Bretagne.
L’hermine y restera. En 1316, le duc Jean III, brouillé avec sa belle-famille, retire l’échiqueté des Dreux de ses armes et ne conserve que le semé d’hermine sur fond blanc. Le blason de Bretagne devient « d’hermine plain » — et le restera jusqu’à la fin du duché. Dès lors, l’hermine est aux ducs de Bretagne ce que la fleur de lys est aux rois de France : un emblème d’identité et de souveraineté. On la retrouve sur les sceaux, les monnaies, les bannières, puis sur les armoiries de dizaines de villes bretonnes — Vannes, Rennes, Nantes, Saint-Nazaire.
La légende la plus célèbre met en scène Anne de Bretagne. Lors d’une partie de chasse, la duchesse aurait vu une hermine traquée par des chiens se retrouver acculée devant une mare boueuse. Plutôt que de salir son pelage blanc, l’animal préféra faire face aux chiens — et à la mort. Impressionnée par ce courage, Anne lui laissa la vie sauve et en fit son emblème. De cet épisode — historique ou légendaire — est née la devise de la Bretagne : « Kentoc’h mervel eget bezan saotret » — « Plutôt la mort que la souillure ».
En 1381, le duc Jean IV fonde l’Ordre de l’Hermine pour récompenser ses fidèles. Son insigne représente une hermine passante portant une écharpe à mouchetures, avec la devise « À ma vie ». Aujourd’hui encore, le Collier de l’Hermine est décerné chaque année à ceux qui œuvrent pour le rayonnement de la culture bretonne. Et bien sûr, c’est la moucheture d’hermine que Morvan Marchal a placée au canton du Gwenn Ha Du — onze mouchetures noires sur fond blanc, rappel direct de la bannière ducale.
La Blanche Hermine la chanson de Gilles Servat
Un soir de 1970, dans un restaurant breton de Montparnasse appelé le Ti Jos, un jeune homme de 25 ans chante pour la première fois une chanson qu’il vient d’écrire dans sa chambre de bonne, rue Rosa-Bonheur à Paris. L’idée lui est venue la veille, en écoutant une chanson irlandaise racontant le départ d’un partisan avec une balle dans sa poche. Ce jeune homme, c’est Gilles Servat. La chanson, c’est La Blanche Hermine. Dans la salle, quelqu’un essuie une larme. On lui redemande le morceau. Servat ne le sait pas encore, mais il vient d’écrire l’un des chants les plus connus de Bretagne.
La chanson sort sur un album éponyme en 1971, enregistré en une seule journée à Dublin. Le single, publié en 1972, devient disque d’or. Le texte raconte un homme qui quitte sa ferme, sa femme et ses enfants pour rejoindre une troupe de marins, d’ouvriers et de paysans partis « faire la guerre aux Francs ». Les forteresses de Fougères et de Clisson, citées dans le refrain, renvoient aux guerres du XVe siècle entre le duché de Bretagne et le royaume de France. Le contexte de l’écriture est celui d’une Bretagne en crise : exode rural massif, langue bretonne en recul, sentiment d’abandon. La chanson sera d’ailleurs interdite à la télévision et à la radio françaises jusqu’en 1982.
Depuis, La Blanche Hermine a traversé les décennies. On la chante dans les stades, dans les fêtes bretonnes, dans les manifestations. Les Ramoneurs de Menhirs l’ont reprise en version punk en 2010 — avec Gilles Servat lui-même sur les derniers couplets. Elle reste, avec le Bro Gozh ma Zadoù, l’un des deux chants qui font vibrer la Bretagne.
Paroles de La Blanche Hermine — Gilles Servat
J’ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
Une troupe de marins d’ouvriers de paysans
Où allez-vous camarades avec vos fusils chargés
Nous tendrons des embuscades viens rejoindre notre armée
La voilà la Blanche Hermine vive la mouette et l’ajonc
La voilà la Blanche Hermine vive Fougères et Clisson !
Ma mie dit que c’est folie d’aller faire la guerre aux Francs
Mais je dis que c’est folie d’être enchaîné plus longtemps
La voilà la Blanche Hermine…
Elle aura bien de la peine pour élever les enfants
Elle aura bien de la peine car je m’en vais pour longtemps
La voilà la Blanche Hermine…
Je viendrai à la nuit noire tant que la guerre durera
Comme les femmes en noir triste et seule elle m’attendra
La voilà la Blanche Hermine…
Et sans doute pense-t-elle que je suis en déraison
De la voir mon cœur se serre là-bas devant la maison
La voilà la Blanche Hermine…
Et si je meurs à la guerre pourra-t-elle me pardonner
D’avoir préféré ma terre à l’amour qu’elle me donnait
J’ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
Une troupe de marins, d’ouvriers, de paysans
La voilà la Blanche Hermine vive la mouette et l’ajonc
La voilà la Blanche Hermine vive Fougères et Clisson !
Paroles : Gilles Servat — © Warner Chappell Music France
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L’hermine, le Gwenn Ha Du, le Bro Gozh — les symboles de la Bretagne racontent une histoire de fierté, de langue et de résistance. Il y a encore tant à découvrir.