Le Bro Gozh ma Zadoù l’hymne de la Bretagne
« Vieux pays de mes pères » — le chant qui fait vibrer la Bretagne.
Dans les stades, les fest-noz, les rassemblements — partout où les Bretons se retrouvent, un même chant finit par s’élever. Le Bro Gozh ma Zadoù, « Vieux pays de mes pères » en breton, est l’hymne officiel de la Bretagne. Quatre couplets, un refrain repris en chœur, et une mélodie partagée avec le pays de Galles et les Cornouailles britanniques. Voici son histoire, ses paroles et ce qui en fait bien plus qu’une simple chanson.
Le Bro Gozh ma Zadoù hymne officiel de la Bretagne
Le Bro Gozh ma Zadoù — littéralement « Vieux pays de mes pères » — est le chant que les Bretons entonnent quand ils veulent exprimer leur attachement à leur terre, à leur langue et à leur histoire. Chanté entièrement en breton, cet hymne parle d’amour du pays, de courage, de paysages et de liberté. Sa mélodie est celle de l’hymne national gallois, le Hen Wlad fy Nhadau, composé en 1856. Les Cornouailles britanniques partagent aussi le même air, sous le titre Bro Goth agan Tasow. Ainsi, trois nations celtes chantent la même musique, chacune dans sa propre langue — un cas rare au monde.
Aujourd’hui, l’hymne breton résonne bien au-delà des cercles culturels. On l’entend avant les matchs du Stade rennais au Roazhon Park, au Moustoir de Lorient, à la Rabine de Vannes lors des rencontres du RC Vannes. Alan Stivell l’a interprété au Stade de France en 2009, Nolwenn Leroy en finale de Coupe de France en 2014, et un collectif réunissant Tri Yann, Gilles Servat, Cécile Corbel et Soldat Louis l’a enregistré en 2017 pour l’album Breizh eo ma bro !. La musique bretonne a trouvé dans ce chant son symbole le plus fédérateur.
Depuis novembre 2021, le Bro Gozh ma Zadoù n’est plus seulement un chant populaire : la Région Bretagne l’a officialisé comme hymne de la Bretagne. Une version réorchestrée par la compositrice Frédérique Lory, jouée par l’Orchestre national de Bretagne et interprétée par Gilles Servat et Aziliz Manrow, a été dévoilée le 28 novembre 2021 au stade du Moustoir devant 16 000 spectateurs. La tonalité en si bémol — celle de la cornemuse bretonne — a été choisie pour permettre à chacun, homme, femme ou enfant, de reprendre le chant à l’unisson.
Les paroles du Bro Gozh ma Zadoù en breton et en français
En breton — Bro Gozh ma Zadoù
Ni, Breizhiz a galon, karomp hon gwir Vro !
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-dro.
Dispont kreiz ar brezel, hon tadoù ken mat,
A skuilhas eviti o gwad.
O Breizh, ma Bro, me ‘gar ma Bro.
Tra ma vo mor ‘vel mur ‘n he zro.
Ra vezo digabestr ma Bro !
Breizh, douar ar Sent kozh, douar ar Varzhed,
N’eus bro all a garan kement ‘barzh ar bed,
Pep menez, pep traonienn, d’am c’halon zo kaer,
Enne kousk meur a Vreizhad taer !
O Breizh, ma Bro…
Ar Vretoned ‘zo tud kalet ha kreñv,
N’eus pobl ken kalonek a zindan an neñv,
Gwerz trist, son dudius a ziwan eno,
O ! pegen kaer ec’h out, ma Bro !
O Breizh, ma Bro…
Mar d’eo bet trec’het Breizh er brezelioù bras,
He yezh a zo bepred ken beo ha bizkoazh,
He c’halon birvidik a lamm c’hoazh ‘n he c’hreiz,
Dihunet out bremañ, ma Breizh !
Traduction française — Vieux pays de mes pères
Nous, Bretons de cœur, aimons notre vrai pays !
Renommé est l’Armor à travers le monde.
Sans peur au cœur de la guerre, nos ancêtres si bons
Versèrent pour elle leur sang.
Ô Bretagne, mon pays, j’aime mon pays.
Tant que la mer sera comme un mur autour d’elle.
Sois libre, mon pays !
Bretagne, terre des vieux saints, terre des bardes,
Il n’est d’autre pays au monde que j’aime autant.
Chaque montagne, chaque vallée est chère à mon cœur.
En eux dorment plus d’un Breton ardent !
Les Bretons sont des gens robustes et forts.
Aucun peuple sous les cieux n’est aussi ardent.
Complaintes tristes, chansons charmantes germent en eux.
Ô ! Combien tu es belle, ma patrie !
Si la Bretagne a fléchi durant les grandes guerres,
Sa langue est restée vivante à jamais.
Son cœur ardent tressaille encore en elle.
Tu es réveillée maintenant, ma Bretagne !
L’histoire de l’hymne breton de 1856 à nos jours
Tout commence au pays de Galles, en 1856. Le harpiste James James compose une mélodie au bord du fleuve Rhondda, et son père Evan en écrit les paroles. Ce chant, Hen Wlad fy Nhadau (« Vieille terre de mes pères »), devient l’hymne national gallois. En 1895, un pasteur gallois installé à Quimper, William Jenkyn Jones, publie une première adaptation du texte en breton dans un recueil de cantiques. L’air traverse ainsi la Manche et entre dans le répertoire celtique breton.
C’est François Jaffrennou, jeune étudiant au lycée de Saint-Brieuc, connu sous le nom de barde Taldir (« Front d’acier »), qui s’empare de la mélodie pour en écrire une version proprement bretonne. Plus qu’une traduction, c’est une réécriture : le refrain gallois célébrait la pérennité de la langue, celui de Taldir appelle à la liberté du pays. Son texte paraît en 1898 dans l’hebdomadaire La Résistance de Morlaix, puis dans son recueil de poèmes An Delen Dir (« La harpe d’acier »). Dès cette époque, Taldir assume l’emprunt : « Je n’ai pas inventé l’air. Je l’ai transplanté et popularisé en Bretagne. »
Le Bro Gozh est chanté en public pour la première fois au congrès de l’Union régionaliste bretonne à Guingamp, en 1900. Trois ans plus tard, l’Union organise un concours pour désigner un chant national. Taldir propose deux œuvres ; c’est le Bro Gozh que le jury choisit et proclame « chant national breton » au congrès de Lesneven, le 5 septembre 1903. La chanson entre alors dans l’histoire — celle des rassemblements bretons, des luttes sociales et des moments de fierté collective.
Au fil du XXe siècle, l’hymne breton accompagne les temps forts de la Bretagne : les quais de la gare de Guingamp en 1923, les ondes de Radio Londres en 1940, le tribunal de Chicago en 1982 lors du procès de l’Amoco Cadiz, puis les stades et les festivals à partir des années 2000. En 2010, le Comité Bro Gozh ma Zadoù est créé à Lorient pour promouvoir l’hymne et décerner chaque année un prix aux artistes et institutions qui le font rayonner — parmi les lauréats : Alan Stivell, Nolwenn Leroy, le Stade rennais, Tri Yann et le Rugby club de Vannes. L’officialisation par la Région Bretagne en novembre 2021 a définitivement ancré le Bro Gozh ma Zadoù dans le patrimoine collectif — non plus comme un chant militant, mais comme l’hymne de tous les Bretons.
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Langue, musique, légendes, cuisine — la culture bretonne est riche et vivante. Le Bro Gozh n’en est qu’une facette.