Le Gwenn Ha Du le drapeau breton
Neuf bandes, onze hermines — le drapeau de toute la Bretagne.
On le croise partout : sur les façades des mairies, aux fenêtres des maisons, dans les stades, les festivals et au bout du monde dans les bagages des voyageurs bretons. Le Gwenn Ha Du — « blanc et noir » en breton — est le drapeau de la Bretagne. Avec ses neuf bandes horizontales et ses onze mouchetures d’hermine, il incarne l’identité d’une région fière de son histoire, de sa langue et de sa culture. Voici ce qu’il raconte.
Le Gwenn Ha Du emblème de la Bretagne
Le Gwenn Ha Du est le drapeau breton tel qu’on le connaît aujourd’hui. Reconnaissable au premier coup d’œil avec ses bandes noires et blanches et son canton d’hermines, il est devenu l’un des drapeaux régionaux les plus célèbres au monde. En breton, son nom signifie tout simplement « blanc et noir » — en gallo, on dit « Bllan e Nair ». Il n’est pourtant pas un emblème ancien : c’est un drapeau moderne, créé entre 1923 et 1925 par un jeune architecte originaire de Vitré, Morvan Marchal.
Depuis sa création, le drapeau breton a traversé des périodes d’ombre et de lumière. Longtemps cantonné aux cercles militants, il est entré dans la vie quotidienne des Bretons à partir des années 1960. On le voit aujourd’hui flotter sur les mairies, les conseils départementaux et le Conseil régional. On le brandit dans les tribunes du Roazhon Park, au Moustoir, à la Rabine de Vannes. On le retrouve aussi aux Vieilles Charrues, au Festival Interceltique de Lorient, dans les fest-noz et les fêtes bretonnes.
Mais le Gwenn Ha Du, c’est aussi un drapeau voyageur. Des Bretons l’emmènent partout — en montagne, en mer, sur tous les continents. Le Breizh Flag Trip Tour, né sur les réseaux sociaux, en est la preuve : des milliers de photos montrent le drapeau breton aux quatre coins du monde. Plus qu’un symbole politique ou culturel, c’est un signe de ralliement, une manière de dire « je suis breton » où que l’on soit.
Ce que racontent les bandes et les hermines
Chaque élément du drapeau breton a une signification précise, que Morvan Marchal lui-même a expliquée. Les neuf bandes horizontales représentent les neuf pays historiques de la Bretagne, issus des anciens évêchés. Les quatre bandes blanches correspondent aux pays bretonnants de Basse-Bretagne : le Léon, le Trégor, la Cornouaille et le Vannetais. Les cinq bandes noires représentent les pays gallos de Haute-Bretagne : Dol, Rennes, Nantes, Saint-Malo et Penthièvre (Saint-Brieuc).
Le canton en haut à gauche porte onze mouchetures d’hermine, disposées en rangées de 4, 3 et 4. Le nombre onze n’a pas de signification connue — c’est l’hermine elle-même qui compte. Ce petit animal au pelage brun, qui devient blanc en hiver, est un symbole breton depuis le XIIIe siècle. Pierre de Dreux, duc de Bretagne vers 1212, a ajouté l’hermine au blason de sa famille, et le motif est resté associé aux ducs de Bretagne pendant des siècles.
La légende la plus célèbre met en scène Anne de Bretagne lors d’une partie de chasse. La duchesse aurait vu une hermine traquée par des chiens préférer se laisser tuer plutôt que de traverser une mare boueuse et salir son pelage blanc. Impressionnée, Anne lui laissa la vie sauve et en fit son emblème. De cet épisode — historique ou légendaire — est née la devise de la Bretagne : « Kentoc’h mervel eget bezan saotret » — « Plutôt la mort que la souillure ».
En résumé, le Gwenn Ha Du est une synthèse : il réunit les couleurs historiques de la Bretagne (noir et blanc, présentes sur le Kroaz Du médiéval et les bannières ducales), l’hermine des ducs, et la diversité des neuf pays dans un dessin d’esprit moderne. Morvan Marchal l’a dit lui-même : il voulait composer « un drapeau breton d’esprit moderne » tout en conservant les hermines et les couleurs traditionnelles.
L’histoire du drapeau breton de 1923 à aujourd’hui
Avant le Gwenn Ha Du, les Bretons utilisaient d’autres emblèmes. Le plus ancien, le Kroaz Du (croix noire sur fond blanc), apparaît sur des documents du XVe siècle. La bannière d’hermine plain — un champ blanc semé de mouchetures noires — servait de drapeau au duché de Bretagne depuis le XIVe siècle. Mais au début du XXe siècle, cette bannière est jugée trop proche du drapeau monarchiste français, dont les fleurs de lys sur fond blanc se confondent facilement avec les hermines bretonnes. Le mouvement breton cherche alors un emblème moderne.
C’est Morvan Marchal, architecte et militant, qui dessine le Gwenn Ha Du entre 1923 et 1925. Il s’inspire de plusieurs sources : le blason de la ville de Rennes (bandes noires et blanches verticales avec mouchetures d’hermine), les couleurs historiques de la Bretagne, et — selon plusieurs historiens — la composition du drapeau des États-Unis, symbole de liberté et d’indépendance. Le drapeau est présenté en public pour la première fois en 1925, au pavillon breton de l’Exposition des arts décoratifs de Paris, où exposent les artistes du mouvement Seiz Breur.
Dans les années 1930, le Gwenn Ha Du gagne en visibilité. Il est choisi pour représenter la Bretagne au pavillon breton de l’Exposition universelle de 1937, à Paris. Mais la période de la Seconde Guerre mondiale lui porte un coup sévère : utilisé par des mouvements collaborationnistes, il est interdit par les autorités françaises après la Libération. Pendant près de vingt ans, le drapeau breton reste associé à une page sombre de l’histoire.
Sa renaissance populaire date du 26 mai 1965. Ce jour-là, le Stade rennais remporte la Coupe de France face à Sedan, et les supporters envahissent les rues de Paris en brandissant le Gwenn Ha Du. Le drapeau sort définitivement des cercles militants pour entrer dans la vie de tous les Bretons. En 1972, il flotte aux côtés des drapeaux rouges lors de la grève du Joint français à Saint-Brieuc — preuve qu’il a transcendé les clivages politiques. Depuis, il accompagne toutes les grandes heures de la Bretagne : les festivals de musique, les événements sportifs, les manifestations culturelles. Et quand on le croise au bout du monde, dans la main d’un voyageur breton, c’est toujours la même fierté discrète qu’il exprime.
Découvrir la culture bretonne
Le drapeau n’est qu’un des symboles de la Bretagne. Langue, musique, légendes, cuisine — la culture bretonne est vivante et n’attend que vous.
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