La légende de la Mary-Morgane la sirène de l’étang au Duc à Vannes
Une princesse devenue fée des eaux, au cœur de la cité.
À Vannes, l’étang au Duc abrite l’une des plus belles légendes de Bretagne. On y raconte qu’une Mary-Morgane — une sirène — vit au fond de ses eaux depuis des siècles. Elle en sort parfois pour tresser ses cheveux verts au soleil, sur les rochers qui bordent l’étang. La légende mêle amour contrarié, promesse impossible et métamorphose — un récit rapporté par Émile Souvestre dans Les Derniers Bretons en 1836, qui ancre le surnaturel au cœur même de la ville.
La sirène de l’étang au Duc à Vannes
La légende raconte qu’une princesse possédait l’étang au Duc. Un seigneur voisin, propriétaire de l’étang de Plaisance, la pressait de l’épouser. Elle refusait, car elle en aimait un autre. Lassée par ses demandes, elle finit par lui lancer un défi qu’elle pensait impossible : « Je serai vôtre quand l’étang de Plaisance coulera dans celui au Duc. »
Le seigneur fit creuser un canal entre les deux étangs. Puis il invita la princesse à une fête dans son château de Plaisance et la conduisit en bateau, par ce canal, jusqu’à l’étang au Duc. Arrivé devant elle, il lui dit : « J’ai rempli votre vouloir, remplissez maintenant votre promesse. » La princesse, saisie de désespoir à l’idée de donner sa main à un homme qu’elle n’aimait pas, se pencha par-dessus le bord du bateau et se jeta la tête la première au fond du lac.
On ne la revit jamais. En revanche, dès ce jour, une Mary-Morgane apparut dans l’étang — une créature d’une beauté saisissante, que l’on aperçoit parfois les matins d’été, assise sur les rochers au bord de l’eau, peignant ses longs cheveux et tressant des couronnes de glaïeuls. Un soldat l’aurait même approchée un jour, attiré par sa beauté ; mais la Mary-Morgane l’enlaça de ses bras et l’entraîna au fond de l’étang. On dit que c’est la princesse qui a pris cette forme — et qu’elle hante les eaux de l’étang au Duc depuis lors.
Ce récit est rapporté par Émile Souvestre dans Les Derniers Bretons (1836), l’un des premiers recueils à consigner les traditions populaires de Bretagne. L’étang au Duc existe toujours, à quelques minutes à pied du port de Vannes. On y vient pour sa promenade ombragée, ses oiseaux et ses camélias remarquables — et peut-être, les matins d’été, pour apercevoir la fée des eaux.
Les Mary-Morgane fées des eaux de Bretagne
La sirène de Vannes n’est pas un cas isolé. Les Mary-Morgane — ou Morganed — peuplent l’ensemble du folklore breton. Le nom vient du breton : Mor signifie « mer » et ganet signifie « né ». Les Mary-Morgane sont donc littéralement les « nées de la mer ». François-Marie Luzel, ethnographe breton, en recueille les récits dès 1873, notamment sur la côte nord du Finistère et à Ouessant.
Selon Luzel, les Morganed forment un peuple entier vivant sous les flots, gouverné par un roi dont le palais dépasse en merveilles tout ce qui existe sur terre. Ils sortent parfois pour jouer sur le sable des grèves au clair de lune — mais au premier battement de paupières de l’observateur, tout s’évanouit. Les Mary-Morgane seraient d’un naturel paisible et bon. Mais elles se montrent aussi sous les apparences les plus séduisantes pour attirer les hommes au fond des eaux. Selon Paul Sébillot, folkloriste qui rapporte ces récits en 1899, les Mary-Morgane poursuivent les jeunes pêcheurs de leurs sollicitations amoureuses. Si l’un d’eux leur cède, il disparaît sous les flots et on ne le revoit jamais.
La plus célèbre de toutes les Mary-Morgane est Dahut — la fille maudite du roi Gradlon dans la légende de la ville d’Ys. Après l’engloutissement de la cité, Dahut se transforme en sirène. Depuis, elle ensorcelle les marins, déchaîne les tempêtes et entraîne les navires au fond de la mer. Lorsque le saint homme Guénolé tenta de dire une messe pour sauver la ville, Dahut surgit des flots — torse blanc, cheveux de cuivre, queue d’écailles bleues. Le calice se brisa, la messe resta inachevée, et la ville d’Ys demeura maudite.
Selon l’ethnologue Édouard Brasey, les Mary-Morgane vivent uniquement près des côtes, jamais en pleine mer. Elles affectionnent les entrées de cavernes et les embouchures de rivières. Leurs amants, entraînés dans de somptueux palais sous-marins, y jouissent de plaisirs infinis au point d’oublier leur vie terrestre. On retrouve d’ailleurs des effigies de sirènes dans plusieurs églises bretonnes — preuve que le folklore maritime a survécu à la christianisation.
Autres personnages légendaires de Vannes
La Mary-Morgane n’est pas la seule figure emblématique à découvrir dans les rues de Vannes. Deux autres personnages méritent un détour en arpentant la vieille ville.
Vannes et sa femme. Au coin d’une maison à pans de bois de la rue Noë, deux bustes en granit peint représentent un couple de bons vivants au sourire réjoui. Ce couple, devenu le symbole facétieux de la ville, est l’un des éléments les plus photographiés de Vannes. Son origine exacte reste discutée — on ne sait pas avec certitude s’il s’agit de commerçants, de bourgeois ou de personnages de foire — mais la tradition locale en a fait un emblème populaire de la cité.
Saint Émilion. Le célèbre saint patron des marchands et négociants en vin est né à Vannes au VIIIe siècle. Intendant du comte de Vannes, Émilion donnait du pain aux pauvres en cachette de son maître. Un jour, le comte le surprit le manteau plein de pains et lui ordonna de l’ouvrir. Émilion fit alors un miracle : les pains se transformèrent en morceaux de bois sous les yeux du comte. Devenu moine à Saujon, puis ermite en Gironde, il fonde la communauté qui donnera son nom au village — et au vin — de Saint-Émilion. Sa statue, réalisée par le sculpteur Joseph Dréano de Saint-Jean-Brévelay et inaugurée en 1990, se trouve dans le centre historique de Vannes, non loin de la cathédrale.
Avant de partir
L’étang au Duc
L’étang au Duc se trouve à quelques minutes à pied du centre historique de Vannes. Accès libre toute l’année. Promenade ombragée autour du plan d’eau, oiseaux, canards et camélias remarquables.
Vannes et sa femme
Les deux bustes se trouvent au coin de la rue Noë et de la place Valencia, dans la vieille ville de Vannes. Impossible de les manquer en arpentant le quartier médiéval.
Statue de Saint Émilion
La statue de Saint Émilion se situe dans le centre historique de Vannes, à proximité de la cathédrale Saint-Pierre. Elle a été inaugurée en 1990.
Bon à savoir
La légende de la Mary-Morgane est tirée des Derniers Bretons d’Émile Souvestre (1836). Les récits sur les Mary-Morgane en Bretagne ont été recueillis par François-Marie Luzel (1873) et Paul Sébillot (1899).
L’étang au Duc, Vannes et sa femme et la statue de Saint Émilion sont accessibles lors d’une même promenade dans Vannes — comptez une à deux heures pour faire le tour.
Découvrir les légendes bretonnes
La Mary-Morgane de Vannes est l’un des nombreux récits qui peuplent le folklore breton. Ville d’Ys, Conomor, Azénor, fée de l’île de Loc’h : les légendes de Bretagne se racontent de rivage en rivage.
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