La seiche une espèce aquatique fascinante
Maître du camouflage, chasseuse redoutable, animal à l’intelligence rare.
Avec ses grands yeux en forme de W, ses dix tentacules et sa capacité à changer de couleur en une fraction de seconde, la seiche commune (Sepia officinalis) est l’un des animaux les plus étonnants des côtes bretonnes. Ce mollusque céphalopode — cousin du calmar et de la pieuvre — se rencontre régulièrement dans les eaux du Golfe du Morbihan, où elle vient se reproduire au printemps. Son intelligence, ses techniques de chasse et ses parades de couleurs en font un sujet d’observation privilégié pour les plongeurs.
La seiche commune portrait d’un céphalopode
La seiche commune mesure entre 15 et 30 cm de long (tentacules non compris) et peut atteindre 45 cm bras déployés. Son corps ovale et aplati est bordé sur toute sa longueur d’une nageoire ondulante — une sorte de « jupe » qui lui permet de se déplacer avec une fluidité remarquable. Sous le manteau se cache une coquille interne calcaire, le fameux « os de seiche », qui lui sert de flotteur. En faisant varier la quantité de gaz dans ses cavités, la seiche règle sa flottabilité avec une précision millimétrique, sans effort de nage.
Sa tête porte huit bras courts munis de ventouses et deux tentacules plus longs, qu’elle projette à grande vitesse pour capturer ses proies. Ses yeux sont parmi les plus perfectionnés du règne des invertébrés : volumineux, dotés d’une pupille en forme de W, ils lui offrent une vision sophistiquée, y compris dans l’obscurité. La seiche ne distingue pas les couleurs, mais elle perçoit la polarisation de la lumière — un atout pour détecter les mouvements et communiquer avec ses congénères.
On trouve la seiche commune de la mer du Nord jusqu’aux côtes d’Afrique du Sud, en passant par l’Atlantique et la Méditerranée. En Bretagne, elle fréquente les fonds sableux, les herbiers de zostères et les zones rocheuses, de la surface jusqu’à 200 mètres de profondeur. Au printemps, elle migre vers les eaux côtières peu profondes pour se reproduire — c’est à cette période qu’on l’observe le plus facilement en plongée dans le Golfe du Morbihan.
Camouflage, chasse et reproduction
Le camouflage. La seiche possède des milliers de cellules pigmentaires — les chromatophores — réparties dans sa peau. En les dilatant ou en les contractant, elle change de couleur quasi instantanément pour se fondre dans son environnement. Sa peau peut aussi changer de texture, passant de lisse à hérissée de papilles. Ces modifications servent autant au camouflage qu’à la communication : lors des parades nuptiales, les mâles font défiler des vagues de motifs bruns sur toute la longueur de leur corps.
La chasse. Prédateur exclusif de proies vivantes, la seiche chasse principalement la nuit. Sa technique est redoutable : elle s’approche lentement de sa cible, camouflée, puis dresse deux de ses bras courts au-dessus de sa tête. D’un seul coup, elle projette ses deux longs tentacules à une vitesse pouvant atteindre 2,5 m/s. Les ventouses, renforcées d’un anneau corné, maintiennent la proie fermement. Son bec, dissimulé au centre des bras, broie sans difficulté les carapaces de crabes. Sa salive contient un venin qui immobilise les proies.
La fuite. Lorsqu’elle se sent menacée, la seiche expulse l’eau contenue dans sa cavité palléale par un siphon musculeux — une propulsion à réaction qui lui permet de reculer à grande vitesse. En même temps, elle projette un nuage d’encre noire (la sépia) qui désoriente le prédateur. Cette encre contient des enzymes capables d’inhiber l’olfaction de l’agresseur. C’est cette même encre que l’on retrouve en cuisine et qui servait autrefois en peinture pour les lavis et les aquarelles.
La reproduction. La seiche vit entre un et deux ans seulement. Au printemps, les adultes migrent vers les côtes pour s’accoupler. Les femelles pondent entre 200 et 3 000 œufs noirs — surnommés « raisins de mer » — accrochés en grappes sur des algues, des cordages ou des casiers. Après une incubation de un à trois mois, les seichons éclosent à une taille d’environ 12 mm. Ils possèdent déjà toutes les caractéristiques de l’adulte : pas de stade larvaire chez la seiche. Les adultes meurent après la reproduction — un phénomène appelé sémelparité.
La seiche en chiffres
Taille
15 à 30 cm de corps en moyenne, jusqu’à 45 cm avec les bras. Huit bras courts et deux tentacules longs. Environ 80 espèces de seiches dans le monde — la seiche commune (Sepia officinalis) est celle que l’on observe sur nos côtes.
Habitat
De la surface à 200 m de profondeur. Fonds sableux, herbiers de zostères, zones rocheuses. Présente de la mer du Nord à l’Afrique du Sud, en Atlantique et en Méditerranée. Migration vers les côtes au printemps pour la reproduction.
Alimentation
Crustacés (crabes, crevettes), petits poissons, mollusques. Chasse à l’affût, principalement de nuit. Proies capturées par projection des deux longs tentacules à 2,5 m/s.
Le saviez-vous ?
La seiche possède l’un des cerveaux les plus développés parmi les invertébrés. Des études ont montré qu’elle est capable d’apprentissage par observation, de mémorisation et de résolution de problèmes. C’est un animal reconnu comme sentient.
En Manche et en Atlantique, la seiche fait l’objet d’une pêche intensive (casiers, filets, chaluts) de 2 000 à 10 000 tonnes par an. Son statut UICN est « préoccupation mineure » (LC).
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