Glenmor le petit breton devenu grand barde de Bretagne
Chanter tout haut ce que les Bretons pensent tout bas.
Glenmor a toujours rêvé d’être barde, pour chanter tout haut ce que les Bretons pensaient tout bas. Et ce poète amoureux de la Bretagne a su éveiller les consciences. Ainsi, Glenmor laisse aux Bretons sa musique mais aussi une fierté retrouvée. Car ce fervent défenseur de la culture et de la langue bretonnes a fait des émules. Alors, partons découvrir l’histoire de ce petit breton devenu grand barde de la Bretagne.
Glenmor, un rêve d’enfant
Émile Le Scanff — Milig ar Skañv en breton — naît le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix, au coeur du Kreiz Breizh. Il grandit dans une famille paysanne bretonnante, bercé par la langue et les traditions de sa terre. Dès son plus jeune âge, la musique et l’écriture l’attirent. Le gamin se rêve alors barde et commence à écrire ses premières chansons pour exprimer ses idées et ses convictions.
Brillant élève, il entre au petit séminaire de Quintin où il étudie le latin, le grec et la théologie. Il décroche ses deux baccalauréats à 17 ans, puis obtient une licence de philosophie à Rennes en 1952. Ensuite, le jeune homme voyage — Yougoslavie, URSS, Grèce, Turquie, Italie — pour mieux connaître le monde et mieux aimer la Bretagne.
De retour en France en 1954, Émile Le Scanff prend le nom de Glenmor. En breton, glen signifie « terre » et mor signifie « mer » — la réunion de l’Armor et de l’Argoat, ces deux mots qui représentent si bien notre région. Le barde breton poursuit alors son rêve : chanter tout haut ce que les Bretons pensent tout bas.
Fervent défenseur de la Bretagne
À l’époque de Glenmor, le peuple breton est marginalisé depuis des décennies. L’école interdit aux enfants de parler leur langue. Les Bretons portent en eux une culture méprisée, une identité étouffée. Dans ce contexte, le poète, chanteur et compositeur s’engage avec ferveur dans la défense de l’identité bretonne. Ce militant convaincu devient un défenseur infatigable de la culture et de la langue bretonnes.
Pour Glenmor, la chanson est une arme — le moyen de faire entendre la voix de la Bretagne et de dénoncer les injustices. Son allure de barde et ses chansons de révolte, comme « Kan bale an A.R.B » ou « Princes, entendez bien », inspirent alors toute une génération. À Paris, il se produit à Montparnasse, au restaurant Ti Jos. À Bruxelles, il croise Jacques Brel — qui lui rend hommage dans « Le Moribond » avec ce vers désormais célèbre : « Adieu l’Émile, je t’aimais bien ».
Ainsi, ses paroles engagées éveillent les consciences et font de lui une figure emblématique de la Bretagne. En 1963, il épouse Katell, une Belge rencontrée à Bruxelles, lors d’une noce bretonne à Glomel si typique qu’elle sera enregistrée sur disque. En redonnant aux Bretons la fierté de leurs origines, Glenmor marque l’histoire. Il restera à jamais dans les mémoires comme un barde breton éveilleur de consciences.
Les chansons de Glenmor
En chantant en breton, Glenmor ouvre la voie à de nombreux artistes — Alan Stivell, Gilles Servat, Tri Yann et tant d’autres. Il sème les graines de la renaissance de la musique bretonne. Comme il le dit lui-même : « Ses enfants, et les enfants de ses enfants, continueront de récolter les fruits de son travail. »
Sa carrière artistique débute en octobre 1959 par un récital à Paris, avec Denise Mégevand à la harpe. Dès le début, il affirme avec force son identité bretonne. Pourfendeur du centralisme culturel, celui qui côtoya Léo Ferré et Xavier Grall est de toutes les luttes. En parallèle, Glenmor fonde les Éditions Kelenn et le journal Nation Bretonne. Il écrit également une opérette en breton, Genovefa, avec son ami Youenn Gwernig.
En 1990, à l’issue d’un concert pour la Fête de la langue bretonne à Carhaix, il décide de mettre fin à sa carrière musicale pour se consacrer à l’écriture. Cette même année, il reçoit le collier de l’ordre de l’Hermine. Glenmor s’éteint le 18 juin 1996 à Quimperlé, à l’âge de 64 ans. Il repose au cimetière de Maël-Carhaix, dans le caveau familial.
Cinq chansons pour découvrir Glenmor
Kan bale an A.R.B
Glenmor débute sa carrière artistique à Paris en octobre 1959. Dès le début, il affirme avec force son identité bretonne à travers ses chansons. Le « Kan bale an A.R.B » — chant de marche de l’Armée révolutionnaire bretonne — est devenu l’un des hymnes les plus puissants du mouvement breton.
Repris depuis par les Ramoneurs de Menhirs et bien d’autres, ce chant porte encore aujourd’hui toute la force de la révolte de Glenmor.
Ouvrez les portes de la nuit
Titre phare de l’album éponyme sorti en 1974, « Ouvrez les portes de la nuit » est l’un des morceaux les plus marquants de Glenmor. Ce titre résume à lui seul la mission du barde : ouvrir les consciences, briser le silence.
Faire entrer la lumière là où la culture bretonne était maintenue dans l’ombre — c’est toute la force de ce morceau.
La Contre Marseillaise
Glenmor est un pourfendeur du centralisme culturel. Son engagement pour la culture bretonne et son refus de l’uniformisation en font un porte-parole de la Bretagne.
La « Contre Marseillaise » est sans doute sa chanson la plus provocatrice — un hymne breton en réponse directe à l’hymne national français.
O Keltia
Avec « O Keltia », Glenmor chante en breton son amour pour la terre celtique. Ce morceau, plus court et plus intime, porte en lui toute la tendresse du barde pour sa Bretagne.
Loin de la révolte, dans la douceur d’un chant qui embrasse les racines profondes du monde celtique.
Les chemins de la Bohême
Glenmor était un artiste aux multiples talents. En plus de ses chansons engagées, le poète nous offre aussi de douces mélodies. « Les chemins de la Bohême » dévoile un Glenmor plus tendre, plus rêveur.
Ses textes, empreints de sagesse, livrent une belle vision de la vie — celle d’un homme libre, amoureux de la route et de la poésie.
L’héritage du barde breton
Tout au long de sa vie, Glenmor a contribué à l’essor du mouvement culturel breton. Sa voix puissante et ses paroles poétiques continuent de résonner dans nos coeurs. Son héritage dépasse de loin les scènes et les disques — c’est toute la culture bretonne qui s’est réveillée dans son sillage.
Avant Glenmor, parler breton était une honte. Après lui, c’est devenu une fierté. En osant chanter sa langue sur scène, il a ouvert la porte à Alan Stivell, Gilles Servat, Dan Ar Braz et à toute une génération d’artistes qui ont porté la Bretagne sur les scènes du monde entier. Les écoles Diwan, les fest-noz qui rassemblent des milliers de danseurs, les festivals qui font vibrer la région chaque été — tout cela est né de cette étincelle que Glenmor a allumée seul, dans de petites salles, à une époque où personne ne voulait l’entendre.
Et l’on ne peut que remercier le gamin qui se rêvait barde pour avoir contribué à ce qu’on vit aujourd’hui : la fierté d’être breton et bretonne.
Tout savoir sur Glenmor
Identité
Émile Le Scanff (Milig ar Skañv), né le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix (Côtes-d’Armor), décédé le 18 juin 1996 à Quimperlé (Finistère). Licencié en philosophie.
Oeuvre
Environ 200 chansons en français et en breton, plusieurs albums dont « Ouvrez les portes de la nuit » (1974) et la compilation « Dix ans déjà » (2006). Poète, écrivain et dramaturge.
Hommages
Scène Glenmor aux Vieilles Charrues depuis 1998, Espace Glenmor à Carhaix, stèle de Jean Fréour au Thabor à Rennes, sculptures à Landeleau et Saint-Goazec. Alan Stivell lui consacre « Kenavo Glenmor » (1998), Clarisse Lavanant enregistre trois albums de reprises.
Bon à savoir
Jacques Brel lui rend hommage dans « Le Moribond » avec le vers « Adieu l’Émile, je t’aimais bien ». L’association Glenmor an Distro, fondée en 2000, continue de promouvoir son oeuvre.
Glenmor a reçu le collier de l’ordre de l’Hermine en 1990, la plus haute distinction culturelle bretonne.
Découvrir la culture bretonne
Du barde Glenmor aux artistes d’aujourd’hui, la musique bretonne est l’un des fils conducteurs de la culture celtique. Bagadoù, fest-noz et artistes contemporains perpétuent et réinventent cette tradition vivante.
