Plouha et ses falaises, les plus hautes de Bretagne
104 mètres au-dessus de la mer, un port à pieux unique en France et un haut lieu de la Résistance
Plouha domine la baie de Saint-Brieuc depuis les plus hautes falaises de Bretagne — 104 mètres de schiste et de gneiss plongeant dans l’Atlantique. Sur 14 kilomètres de littoral, le GR34 relie criques secrètes, le port ancestral de Gwin Zegal et la plage Bonaparte, lieu d’évasion de 135 aviateurs alliés en 1944. À l’intérieur des terres, la chapelle de Kermaria-an-Iskuit abrite l’une des rares danses macabres médiévales encore visibles en Europe.
Plouha, entre falaises vertigineuses et patrimoine maritime
Plouha se situe sur la côte du Goëlo, dans les Côtes-d’Armor, entre Saint-Brieuc et Paimpol. La commune est avant tout connue pour ses falaises — les plus hautes de Bretagne — qui culminent à 104 mètres à la pointe de Plouha, loin devant le cap Fréhel et ses 70 mètres. Quatorze kilomètres de côte rocheuse alternent parois abruptes de schiste et de gneiss, criques cachées et anses sauvages.
Mais Plouha ne se résume pas à ses falaises. La commune abrite le port de Gwin Zegal, l’un des deux derniers ports à pieux de Bretagne avec celui de Porspoder dans le Finistère — un mode d’amarrage dont l’origine remonte au Ve siècle. Elle conserve aussi la chapelle de Kermaria-an-Iskuit, fondée au XIIIe siècle, classée monument historique depuis 1907, et célèbre pour sa fresque de la danse macabre du XVe siècle — 47 personnages peints de part et d’autre de la nef.
Autre singularité : Plouha marque la frontière linguistique historique entre la Basse Bretagne bretonnante et la Haute Bretagne francophone. Le tracé de Paul Sébillot, qui fait encore référence, passe ici — et la netteté de cette frontière a frappé les géographes dès le XIXe siècle.
Les incontournables de Plouha
La visite de Plouha s’organise autour de trois pôles : les falaises et le sentier côtier du GR34, le port de Gwin Zegal au pied des parois rocheuses, et la chapelle de Kermaria-an-Iskuit en retrait du littoral. Une journée complète permet de couvrir les trois.
Les falaises et la pointe de Plouha
Les falaises de Plouha sont constituées de gneiss et de schiste, façonnées par des millions d’années d’érosion. Elles dominent la baie de Saint-Brieuc et offrent, par temps clair, un panorama qui s’étend de l’île de Bréhat au cap Fréhel. Le site est classé depuis 1979 et intégré au réseau Natura 2000 Trégor-Goëlo.
La pointe de Plouha, point culminant à 104 mètres, est le sommet de ce littoral. Les falaises abritent une faune remarquable : goélands argentés, cormorans huppés et faucons pèlerins nichent à flanc de roche. La flore, adaptée aux conditions extrêmes, se compose de criste marine, d’armérie maritime et de bruyères. Plusieurs parkings permettent d’accéder aux différents tronçons : plage du Palus, pointe de Plouha, Gwin Zegal, Port Moguer et plage Bonaparte.
Le port de Gwin Zegal
Gwin Zegal — « vin de seigle » en breton — est un mouillage où les bateaux s’amarrent à des troncs d’arbres plantés dans le sable avec leurs racines, consolidés par des pierres à leur base. Ce procédé d’amarrage remonterait au Ve siècle ; il est attesté à Gwin Zegal depuis 1854. Le port compte aujourd’hui 43 pieux de chêne de 8 à 10 mètres de haut, disposés en cinq rangées, et peut accueillir une trentaine d’embarcations.
Avec le port du Mazou à Porspoder dans le Finistère, Gwin Zegal est l’un des deux derniers ports à pieux encore en activité en Bretagne. Le site est entretenu par une association locale de pêcheurs-plaisanciers en collaboration avec la commune. Un parking d’une soixantaine de places a été aménagé en 2022 sur la falaise au-dessus du port ; un sentier descend ensuite vers l’anse.
Le spectacle change complètement selon la marée. À marée basse, la forêt de pieux émerge entièrement du sable — à marée haute, seuls leurs sommets dépassent de l’eau. Les deux ambiances valent le détour, appareil photo en main.
La chapelle de Kermaria-an-Iskuit
La chapelle de Kermaria-an-Iskuit — « Madame Marie qui tire d’affaire » en breton — aurait été fondée vers 1240 par Henri d’Avaugour, seigneur du Goëlo, à son retour de croisade en Terre sainte. Agrandie au XVe siècle (nef, chapelle latérale et porche), puis remaniée au XVIIIe (chœur), elle mêle des éléments allant du roman primitif au gothique tardif.
Sa renommée tient à sa fresque de la danse macabre, peinte entre 1488 et 1501 : 47 personnages d’environ 1,30 m de haut, alternant vivants et morts, représentant toutes les couches de la société médiévale — du pape au laboureur. Recouverte de badigeon au XVIIIe siècle, elle a été redécouverte en 1856 et a sauvé la chapelle d’une démolition programmée. Avec l’église de Kernascléden dans le Morbihan, c’est le seul sanctuaire de Bretagne à posséder une telle fresque. La chapelle abrite aussi des retables en albâtre du XVe siècle d’origine anglaise et un porche Renaissance remarquable.
La plage Bonaparte et le réseau Shelburn
Plouha est indissociable d’un épisode majeur de la Résistance bretonne. La plage de l’anse Cochat, rebaptisée plage Bonaparte par les résistants, a servi de point d’évasion pour des aviateurs alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le réseau Shelburn : 135 aviateurs évacués en 8 nuits
De janvier à août 1944, le réseau de résistance Shelburn — branche du MI9 britannique, organisé par le Français Paul Campinchi et les Canadiens Lucien Dumais et Raymond Labrosse — a permis l’évacuation par mer de 135 aviateurs alliés et 7 agents depuis cette plage. Les aviateurs abattus au-dessus de la France étaient acheminés par le train jusqu’à Saint-Brieuc, puis cachés dans des fermes de la région avant d’être conduits de nuit à travers les champs de mines jusqu’à la plage, où des vedettes rapides de la Royal Navy venaient les récupérer.
Huit opérations ont été menées, toutes couronnées de succès — sans aucune perte ni dans les rangs des évadés ni parmi les résistants. Le signal de départ était un message de la BBC : « Bonjour à tous à la maison d’Alphonse ». La « maison d’Alphonse », dernier point de rassemblement, était le domicile de Marie et Jean Gicquel à Kersauzon — les Allemands l’ont détruite en juillet 1944 sans avoir percé le secret du réseau. Aujourd’hui, un sentier d’interprétation et une stèle commémorent ces événements.
Les plages de Plouha
Au pied des falaises, plusieurs plages et criques ponctuent le littoral. Chacune a son caractère propre.
Plage du Palus
La plus grande plage de Plouha : un croissant de sable fin encadré par les falaises, labellisé Pavillon Bleu. Point de départ de nombreuses randonnées côtières sur le GR34. Accès facile avec parking à proximité et aire de jeux pour les enfants.
Plage Bonaparte
Anciennement anse Cochat, cette plage chargée d’histoire n’est accessible qu’à marée basse par un tunnel creusé dans la falaise. Lieu de mémoire du réseau Shelburn, elle offre un cadre sauvage et isolé, prisé des amoureux de nature.
Plage de Bréhec
À la limite de Plouha et Plouézec, Bréhec est bordée par un petit port de pêche et quelques restaurants. L’anse constitue aussi un site d’intérêt géologique classé par arrêté préfectoral — il est interdit d’y prélever des minéraux.
Port Moguer
Seul véritable ouvrage portuaire historique de Plouha, avec sa cale et sa digue de granit rose construites vers 1840. La plage se dissimule derrière les rochers, accessible à marée basse.
Les activités à Plouha
Plouha est d’abord une destination de randonnée et de plein air. Le GR34 y offre l’un de ses tronçons les plus spectaculaires. Hors saison, les falaises gardent leur puissance — le littoral prend alors une dimension plus sauvage et plus intime.
Randonner sur le GR34 le long des falaises
Le GR34 — sentier des douaniers — longe les 14 kilomètres de falaises de Plouha et constitue l’un des tronçons les plus remarquables de cet itinéraire qui parcourt l’ensemble du littoral breton. Le sentier alterne passages en surplomb vertigineux, descentes vers les criques et traversées de landes fleuries d’ajoncs et de bruyères.
Plusieurs boucles balisées permettent d’adapter la sortie à son niveau : le circuit des falaises (environ 8 km, niveau facile à moyen), le tronçon Port Moguer–Gwin Zegal (5 km, facile) ou la grande boucle par la pointe de Plouha (12 km, moyen). Les chemins sont parfois étroits et les dénivelés prononcés — prévoir des chaussures de randonnée adaptées.
Les autres activités à Plouha : kayak de mer et paddle au départ des plages du Palus et de Bréhec · observation des oiseaux marins sur les falaises (goélands, cormorans, faucons pèlerins) · VTT et cyclotourisme sur les routes de l’arrière-pays · sentier d’interprétation du réseau Shelburn (3 km depuis la chapelle Saint-Samson, application mobile gratuite) · pêche à pied à Gwin Zegal en saison · marché hebdomadaire au bourg (mercredi matin).
Infos pratiques pour visiter Plouha
Plouha se visite en une journée complète pour couvrir les falaises, Gwin Zegal et Kermaria. La commune est une étape naturelle lors d’un séjour sur la côte du Goëlo, entre Saint-Brieuc et Paimpol.
Comment s’y rendre
En voiture : depuis Saint-Brieuc, direction Paimpol par la RD 786 (environ 30 minutes). Depuis Paimpol, 20 minutes par la même route. Plusieurs parkings le long du littoral : plage du Palus, pointe de Plouha, Gwin Zegal, Port Moguer, plage Bonaparte.
En bus : ligne 201 du réseau BreizhGo, Saint-Brieuc – Paimpol, avec arrêt à Plouha.
En train : gare de Saint-Brieuc (30 km), puis bus ou véhicule.
Quand visiter Plouha
Mai–septembre : conditions idéales pour la randonnée et la baignade. Visites guidées de la chapelle de Kermaria en été. Chapelle ouverte tous les jours de 10h à 18h (avril à septembre).
Toute l’année : le GR34 et les falaises se parcourent en toute saison. L’hiver offre un spectacle de mer plus puissant et une fréquentation très faible.
Marées : vérifier les horaires avant de se rendre sur les plages — certaines criques, dont la plage Bonaparte, ne sont accessibles qu’à marée basse.
Où dormir
Plouha propose hôtels, chambres d’hôtes, gîtes ruraux, locations saisonnières et campings — dont un avec vue sur mer. Le hameau de Kerégal, entre la vallée verte et la plage du Palus, offre un cadre particulièrement agréable.
Paimpol (20 km) et Saint-Quay-Portrieux (15 km) complètent l’offre d’hébergement sur la côte du Goëlo. Réservation conseillée en juillet-août.
Événements
Août : commémorations du réseau Shelburn — cérémonies, reconstitutions historiques et circuit guidé sur le sentier de la Liberté.
3e dimanche de septembre : pardon de Kermaria-an-Iskuit, célébration religieuse traditionnelle à la chapelle.
Été : festival des Falaises — concerts et animations culturelles.
Explorer les Côtes-d’Armor
Plouha s’inscrit sur un littoral d’une richesse exceptionnelle : l’île de Bréhat au nord, Paimpol et l’abbaye de Beauport à quelques kilomètres, la baie de Saint-Brieuc au sud. Les Côtes-d’Armor concentrent sur une côte découpée des paysages parmi les plus sauvages de Bretagne.