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    Hippocampe dans les eaux du Golfe du Morbihan, Bretagne
    Hippocampe
    Faune · Golfe du Morbihan, Bretagne

    L’hippocampe cheval de mer du Golfe du Morbihan

    Un poisson à la silhouette de cheval, aux mœurs de reproduction uniques.

    L’hippocampe — « hippos kampos », le cheval courbé des Grecs — est l’un des poissons les plus singuliers au monde. Avec sa tête de cheval, sa queue préhensile de singe et son corps recouvert de plaques osseuses, il ne ressemble à aucun autre. Deux espèces vivent dans les eaux du Golfe du Morbihan : l’hippocampe à museau court (Hippocampus hippocampus) et l’hippocampe moucheté (Hippocampus guttulatus). Et chez ce poisson, c’est le père qui porte les petits.

    Découvrir

    L’hippocampe portrait d’un poisson singulier

    L’hippocampe appartient à la famille des Syngnathidés, qui regroupe aussi les syngnathes (aiguilles de mer). On recense environ 44 espèces dans le monde, réparties dans les mers tempérées et tropicales. En Europe, deux espèces cohabitent : l’hippocampe à museau court et l’hippocampe moucheté (ou chevelu), reconnaissable à ses filaments dermiques et à ses mouchetures blanches. Leur taille varie de 12 à 16 cm pour un poids de 40 à 60 grammes, et leur espérance de vie atteint 2 à 4 ans selon les conditions.

    Sa silhouette est immédiatement reconnaissable : une tête prolongée par un museau en forme de pipette, perpendiculaire au corps, qui lui sert à aspirer ses proies. Sa peau, dépourvue d’écailles, est recouverte de plaques osseuses formant une armure rigide. Sa queue préhensile, dépourvue de nageoire caudale, lui permet de s’accrocher aux algues, aux zostères et aux gorgones pour résister aux courants. L’hippocampe nage en position verticale, propulsé par les battements rapides de sa nageoire dorsale (jusqu’à 35 battements par seconde) et stabilisé par ses petites nageoires pectorales.

    Très mauvais nageur, l’hippocampe compense par un camouflage remarquable. Comme la seiche, il pratique l’homochromie : sa couleur s’adapte à son environnement, passant du brun au vert, du jaune citron au rouge vif selon les espèces et les fonds. Ses yeux, capables de bouger indépendamment l’un de l’autre, lui offrent un champ de vision quasi panoramique — un atout décisif pour repérer ses proies sans bouger.

    Comportement

    Chasse, camouflage et reproduction

    La chasse. L’hippocampe est un prédateur à temps plein. Il se nourrit de petits crustacés (copépodes, mysidacées, crevettes), d’alevins et de zooplancton. Sa technique est celle de l’affût : immobile, accroché à un support par sa queue, il attend qu’une proie passe à portée. Grâce à ses yeux indépendants, il la repère sans tourner la tête. Au moment opportun, il relève brusquement le museau et aspire sa proie d’un claquement — sa bouche en forme de pipette agit comme une paille. Ce mouvement d’aspiration est si rapide qu’il dure moins d’une milliseconde.

    Le camouflage. Dépourvu de véritable défense, l’hippocampe mise tout sur la discrétion. Sa couleur varie en fonction de l’environnement : brun dans les algues brunes, vert dans les zostères, parfois jaune ou rouge vif. L’hippocampe moucheté pousse le mimétisme plus loin en développant des filaments dermiques qui imitent les algues environnantes. Cette capacité d’homochromie et d’homotypie (imitation de la forme) le rend quasi invisible pour ses prédateurs : thons, cabillauds, raies et crabes.

    La reproduction. C’est le trait le plus extraordinaire de l’hippocampe : le mâle porte les petits. Lors de la parade nuptiale, le couple s’enlace par la queue et exécute une danse qui peut durer plusieurs jours. Le mâle arbore alors une parure dorée. Après l’accouplement, la femelle dépose ses ovules dans la poche incubatrice du mâle — le marsupium — située sur son ventre. Cette poche, richement vascularisée, nourrit les embryons en oxygène et en nutriments. Après environ un mois d’incubation, le mâle expulse les petits par de fortes contractions abdominales. Jusqu’à une centaine de minuscules hippocampes, mesurant 8 à 15 mm, sont ainsi « accouchés » par le père. Les nouveau-nés sont déjà formés — pas de stade larvaire — et se mettent à chasser dès les premières heures. La maturité sexuelle est atteinte vers 6 à 8 mois.

    Dans le Golfe

    L’hippocampe dans le Golfe du Morbihan

    Le Golfe du Morbihan est l’un des sites français les plus favorables à l’hippocampe. Ses herbiers de zostères — les deuxièmes de France par leur superficie, après le bassin d’Arcachon — offrent un habitat idéal : une végétation dense pour s’accrocher, des eaux calmes et peu profondes, une abondance de petits crustacés. Les deux espèces européennes y cohabitent, comme l’a confirmé le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan dans ses inventaires de biodiversité.

    On peut observer l’hippocampe en plongée, notamment dans les zones d’herbiers autour de l’île aux Moines, de l’île d’Arz et dans les passes entre les îlots. La meilleure période se situe entre mai et septembre, lorsque les hippocampes se rapprochent des eaux côtières pour la reproduction. L’observation demande de la patience : l’animal est petit, immobile et parfaitement camouflé. Les plongeurs expérimentés du Golfe savent qu’il faut chercher dans les zostères, accroché par la queue, la tête légèrement inclinée.

    L’hippocampe reste une espèce fragile. La dégradation des herbiers de zostères — causée par l’envasement, les ancres de plaisance et la pollution — menace directement son habitat. À l’échelle mondiale, les hippocampes font l’objet d’un commerce intense (médecine traditionnelle asiatique, aquariophilie), estimé à des dizaines de millions d’individus par an. En France, les deux espèces ne bénéficient pas encore de statut de protection national, mais elles sont inscrites à la Convention de Berne et à la CITES. Le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan contribue à leur préservation en protégeant les herbiers et en sensibilisant les usagers de la mer.

    En bref

    L’hippocampe en chiffres

    Taille

    12 à 16 cm pour l’hippocampe moucheté, 7 à 13 cm pour l’hippocampe à museau court. Poids : 40 à 60 g. Environ 44 espèces dans le monde. Les premiers fossiles datent d’environ 40 millions d’années.

    Habitat

    Eaux côtières tempérées et tropicales, de la surface à 50 m de profondeur. Herbiers de zostères et de posidonies, fonds d’algues, zones rocheuses. En France : Golfe du Morbihan, bassin d’Arcachon, lagune de Thau, étang de Leucate.

    Reproduction

    Le mâle incube les œufs dans sa poche ventrale (marsupium) pendant environ un mois. Jusqu’à 100 petits par portée, mesurant 8 à 15 mm à la naissance. Maturité sexuelle vers 6 à 8 mois. Durée de vie : 2 à 4 ans.

    Le saviez-vous ?

    Les hippocampes seraient fidèles et vivraient en couple. Leur nageoire dorsale bat jusqu’à 35 fois par seconde. Et malgré sa petite taille, l’hippocampe aspire sa proie en moins d’une milliseconde — l’un des mouvements de prédation les plus rapides du règne animal.

    Les deux espèces européennes sont inscrites à la Convention de Berne (annexe II) et à la CITES (annexe II). Le statut UICN de l’hippocampe moucheté est « données insuffisantes » (DD). Sa pêche et sa collecte sont réglementées.

    Découvrir la faune du Golfe

    Le Golfe du Morbihan abrite une biodiversité marine et terrestre remarquable. Seiches, dauphins, oiseaux marins, algues : partez à la rencontre de ses espèces emblématiques.

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