Une pyramide engloutie dans le Golfe du Morbihan
Une pyramide de granit posée par 23 mètres de fond, à la pointe de l’île Longue.
Au fond du Golfe du Morbihan, entre l’île Longue et la sortie vers l’océan, repose une pierre que personne ne sait tout à fait expliquer. En forme de pyramide, taillée dans une roche rougeâtre, elle gît par 23 mètres de profondeur dans un site baptisé les Gorets — l’un des spots de plongée les plus réputés de Bretagne. C’est un plongeur finistérien, Serge Grispoux, qui l’a révélée au grand public. Depuis, les hypothèses se multiplient, sans que la question soit tranchée.
Une pyramide de granit au fond de la petite mer intérieure
C’est lors d’une plongée aux Gorets — site bien connu des clubs locaux, à l’ouest de l’île Longue — que Serge Grispoux pose les yeux sur quelque chose d’inhabituel. Le plongeur, alors morbihannais, localise une pierre de forme pyramidale posée sur le tombant de la pointe sud-ouest de l’île Longue. Il la mesure, la photographie, la documente avec soin. Il raconte lui-même sa découverte :
« C’est là, en un lieu nommé « les Gorets », que j’ai fait la découverte d’une curieuse pyramide monolithique, sous une vingtaine de mètres d’eau. Elle semble taillée dans le granit et possède trois faces sur une base triangulaire. Les faces sont lisses, les angles sont vifs et elles sont d’inégales surfaces. La plus grande, orientée vers l’Ouest, est parallèle au tombant. La base de la pierre est située, par marée haute de coefficient moyen, à 23 m de la surface. Sa hauteur est de 1,70 m. La roche est rougeâtre, peut-être du granit rose ou du porphyre ? Je l’ai mesurée pour en calculer le volume puis le poids : celui-ci doit être d’environ 1,4 tonne. Une prospection au détecteur de métaux dans les alentours n’a rien donné : pas de trésor, ni de métal en vue ! »
— Serge Grispoux, plongeur
La découverte ne surgit pas du néant : les plongeurs qui fréquentent les Gorets connaissaient la pierre, elle n’attirait simplement pas l’attention. Pourtant, en l’examinant de près, les angles vifs et les faces lisses intriguent. Puis, lors d’une plongée suivante, un ami de Grispoux découvre à cinq mètres de la pyramide une pierre portant un triangle gravé, grossièrement taillé mais clairement intentionnel. Dès lors, le hasard devient moins probable.
La pyramide se situe par marée haute de coefficient moyen à 23 mètres de profondeur. Elle est donc visible par petit coefficient, à marée descendante ou à l’étal — c’est-à-dire dans les rares fenêtres où les courants de l’entrée du Golfe ralentissent. Car cet emplacement, à la sortie vers l’océan, est une zone à fort débit : les plongeurs novices doivent s’abstenir, et même les plongeurs expérimentés planifient leur sortie en fonction des horaires de marée.
D’où vient-elle ? Trois pistes, aucune certitude
Serge Grispoux a formulé trois hypothèses pour expliquer la présence de cette pierre. La première est celle d’une roche taillée tombée d’un bateau lors d’une manutention — des blocs destinés à la construction étaient régulièrement transportés par voie maritime dans le Golfe. La deuxième évoque une formation naturelle d’origine volcanique, comparable à la chaussée des Géants en Irlande du Nord. La troisième — et c’est celle que Grispoux privilégie — est celle d’un amer, c’est-à-dire un repère marin ou un marqueur cultuel posé là par l’homme, il y a des milliers d’années, quand le niveau de l’eau était bien plus bas qu’aujourd’hui.
C’est cette dernière piste qui tient la route le mieux, géographiquement parlant. Avant la montée des eaux post-néolithique, le Golfe du Morbihan n’était qu’une vaste plaine traversée par des cours d’eau. La pyramide, aujourd’hui à -23 mètres, était alors au sec. Or les spécialistes estiment que les eaux du Golfe ont monté d’environ 7 à 8 mètres depuis 5 500 ans. Cela signifie que la pyramide, si elle était posée au niveau du sol à l’époque, devrait se trouver à moins de 8 mètres de profondeur — et non à 23. Dès lors, soit la montée des eaux a été bien plus importante qu’on ne le croit, soit la pierre est beaucoup plus ancienne, remontant peut-être à la fonte des glaciers il y a plus de 10 000 ans.
La proximité avec d’autres sites mégalithiques renforce également l’intuition d’une origine humaine. Grispoux lui-même le souligne :
« N’oublions pas qu’il y a, sur l’extrémité sud de l’île Longue, à quelques dizaines de mètres de la pyramide, une allée couverte dont les parois sont recouvertes des mêmes mystérieuses gravures que celles du cairn de Gavrinis, datant de 3 700 av. J.-C. et situé à 1 000 m de là. Gravures qui à ce jour n’ont jamais pu être interprétées. On ne sait d’ailleurs pratiquement rien sur le peuple qui a couvert de monuments mégalithiques toute cette région de Bretagne Sud. »
— Serge Grispoux
À 1 200 mètres, l’îlot d’Er Lannic abrite un double cromlech partiellement immergé, preuve que le niveau de la mer a bien recouvert des monuments érigés en plein Néolithique. Et à 14 kilomètres à vol d’oiseau, ce sont les alignements de Carnac, érigés par la même civilisation mégalithique.
Les Gorets, l’un des plus beaux spots de plongée de Bretagne
Même sans pyramide mystérieuse, les Gorets méritent le détour. Le site est classé parmi les deux ou trois plus beaux de l’Atlantique : le tombant orienté nord-sud descend de 6 à 21 mètres et présente l’un des plus beaux champs de gorgones d’Europe. Des mouillages écologiques, mis en place en partenariat avec les centres de plongée locaux, protègent les fonds depuis plusieurs années. La faune est extraordinairement dense : congres, homards, nudibranches, spirographes, bancs de bars et de mulets, balistes cabri. En fond de plongée ou sur les paliers, l’herbier en bordure d’île Longue réserve également ses propres surprises.
Pour plonger ici, mieux vaut passer par l’un des clubs locaux, qui connaissent parfaitement les fenêtres de marée à respecter. Les courants du Golfe peuvent atteindre 9 nœuds dans les passages les plus étroits — et l’entrée du Golfe, où se trouvent les Gorets, est précisément l’une de ces zones. Une sortie planifiée au bon moment, avec une étale de basse mer et un coefficient faible, offre en revanche des conditions idéales : eau claire, courant absent, visibilité correcte. La plongée technique dans le courant reste réservée aux plongeurs de niveau confirmé, en groupe encadré.
La pyramide, elle, est connue de certains plongeurs habitués. Elle n’est pas signalée sur les cartes officielles. Pour s’y rendre, il faut rejoindre le secteur de l’île Longue en bateau et suivre le tombant de la pointe sud-ouest. La pyramide se trouve par 23 mètres de fond, sur fond de granit. Aucun balisage ne la signale, aucune fouille archéologique officielle n’a encore eu lieu sur le site. Elle demeure donc entière — et ouverte à toutes les interprétations.
Avant de plonger
Localisation
Pyramide située au sud-ouest de l’île Longue, commune de Larmor-Baden, dans le secteur des Gorets. Accessible uniquement en bateau, par 23 mètres de fond à marée haute de coefficient moyen.
Accès
Larmor-Baden est à 25 minutes de Vannes par la D101. Départ en bateau depuis le port de Larmor-Baden. S’adresser aux clubs de plongée locaux pour organiser la sortie.
Niveau requis
Site réservé aux plongeurs expérimentés en raison des forts courants à l’entrée du Golfe. La plongée est à planifier impérativement à l’étale de basse mer, avec un coefficient faible, en groupe encadré par un club local.
Bon à savoir
La pyramide n’est signalée sur aucune carte officielle. Les clubs de plongée du Golfe connaissent le site — privilégiez une sortie encadrée. Le caisson hyperbare le plus proche se trouve au CHBA de Vannes.
Le site des Gorets est protégé par des mouillages écologiques — respectez les consignes des moniteurs et n’ancrez jamais directement sur le fond. La chasse sous-marine est interdite dans le Golfe du Morbihan.
Explorer les mégalithes du Golfe
La pyramide n’est qu’un mystère parmi d’autres dans ce coin de Bretagne. À quelques encablures, Gavrinis et Er Lannic concentrent l’essentiel du patrimoine mégalithique immergé et visible de la petite mer intérieure.