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    Mammouth laineux en Bretagne préhistorique, Mont-Dol, chasse au Paléolithique
    Préhistoire
    Histoire · Bretagne

    Bretagne et préhistoire : a-t-on chassé le mammouth en Bretagne ?

    Des mammouths au Mont-Dol, du feu à Menez Dregan, des gravures à Plougastel : 465 000 ans d’histoire humaine.

    La Bretagne et la préhistoire, c’est une histoire bien plus longue que celle des menhirs et des dolmens. Bien avant les bâtisseurs du Néolithique, des hommes ont chassé le mammouth au pied du Mont-Dol, maîtrisé le feu dans une grotte du Finistère et gravé des aurochs sur des plaques de schiste près de Brest. La péninsule armoricaine porte les traces d’une occupation humaine qui remonte à près d’un demi-million d’années.

    Mont-Dol

    Oui, on a chassé le mammouth en Bretagne : les fouilles du Mont-Dol

    La question surprend, et la réponse est sans appel : oui, on a chassé le mammouth en Bretagne. La preuve se trouve au Mont-Dol, un ancien îlot granitique aujourd’hui isolé dans les marais de la baie du Mont-Saint-Michel, en Ille-et-Vilaine.

    En 1872, le naturaliste rennais Simon Sirodot entreprend des fouilles au pied du Mont-Dol. Ce professeur de zoologie à la faculté des sciences de Rennes fait alors une découverte qui va bousculer les certitudes de son époque : des centaines d’ossements de grands mammifères et une multitude de silex taillés, enfouis dans un gisement daté d’environ 110 000 ans. Les restes d’une cinquantaine de mammouths sont identifiés, accompagnés d’ossements de rhinocéros laineux, de chevaux, de bisons, de rennes, de cerfs, mais aussi d’ours, de lions des cavernes, de loups et même d’une panthère.

    Ce sont les Néandertaliens qui occupaient le Mont-Dol. À cette époque, la Manche n’existait pas : le niveau de la mer était inférieur d’une centaine de mètres et le paysage, entre le Mont-Dol et ce qui est aujourd’hui l’Angleterre, était une vaste plaine froide parcourue par des troupeaux de grands herbivores. Les Néandertaliens s’installaient sur les flancs sud du tertre pour bénéficier de l’ensoleillement, surveiller le passage des animaux depuis le sommet et les rabattre vers les marais où ils s’enlisaient.

    Selon le paléontologue Yves Coppens, les dents retrouvées — plus de 700 — provenaient principalement de jeunes mammouths, ce qui laisse penser que les chasseurs préféraient ces proies plus tendres ou plus faciles à abattre. Les ossements et les silex sont aujourd’hui conservés à la faculté des sciences de Rennes et au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

    Une découverte pionnière — Les fouilles de Sirodot font du Mont-Dol l’un des tout premiers gisements paléolithiques fouillés de manière scientifique en Europe. Sa rigueur était exceptionnelle pour l’époque : il levait des plans, des coupes et des profils au niveau et à la chaîne, là où la plupart de ses contemporains se contentaient de récolter les plus beaux objets.

    Origines

    465 000 ans d’occupation humaine : les premiers habitants de la Bretagne

    La chasse au mammouth au Mont-Dol date de 110 000 ans, mais l’histoire humaine en Bretagne commence bien avant. Les plus anciennes traces d’occupation remontent à environ 465 000 ans, à une époque où ce n’étaient ni des Homo sapiens ni des Néandertaliens qui arpentaient la péninsule armoricaine, mais des Homo heidelbergensis — des prénéandertaliens.

    Menez Dregan : l’un des plus anciens foyers du monde

    Le site de Menez Dregan, à Plouhinec dans le sud du Finistère, est un site majeur à l’échelle mondiale. Découvert en 1985 par Bernard Hallégouët et fouillé chaque été de 1991 à 2020, cette grotte marine effondrée a livré plus de 150 000 objets : outils taillés sur galets, charbons, ossements et même une dent d’éléphant antique. Les foyers mis au jour dans les couches les plus profondes comptent parmi les plus anciens connus en Eurasie, aux côtés de Terra Amata (Alpes-Maritimes), Bilzingsleben (Allemagne) et Zhoukoudian (Chine).

    Il y a 465 000 ans, le paysage n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui. La baie d’Audierne était une vaste plaine traversée de cours d’eau, et le trait de côte se trouvait à plusieurs kilomètres au large. Les habitants de Menez Dregan chassaient des grands mammifères — rhinocéros, éléphants — sur ces plaines aujourd’hui recouvertes par l’océan. Ils savaient produire du feu : un nodule ferreux retrouvé dans la grotte, frotté contre un silex, constituerait le plus ancien briquet connu de l’humanité.

    Saint-Malo-de-Phily : les plus anciens outils

    Dans la vallée de la Vilaine, à Saint-Malo-de-Phily (Ille-et-Vilaine), un gisement découvert sur une butte dominant un ancien méandre du fleuve a livré des outils taillés dans des galets de grès armoricain — choppers, racloirs, grattoirs. Ce matériel, issu des alluvions anciennes, pourrait dater de 500 000 à 600 000 ans, ce qui en ferait l’une des plus anciennes traces d’activité humaine dans tout le nord-ouest de la France.

    Saint-Colomban à Carnac

    Plus au sud, à la pointe de Saint-Colomban à Carnac, un habitat abrité par une falaise témoigne d’une occupation datée d’environ 450 000 ans. Le site a donné son nom au Colombanien, une culture matérielle régionale caractérisée par des outils sur galets. Plus de 7 000 pièces ont été récoltées lors des campagnes de fouilles menées par Jean-Laurent Monnier, toutes conservées au musée de Préhistoire de Carnac.

    Paysage

    La Bretagne préhistorique : un monde disparu sous la mer

    Pour comprendre la préhistoire bretonne, il faut d’abord oublier la carte actuelle. Pendant les périodes glaciaires, le niveau marin était inférieur de 100 mètres ou plus au niveau actuel. La Manche n’était pas une mer mais un estuaire où se jetaient le Rhin, la Tamise et la Seine. Les îles britanniques étaient partiellement rattachées au continent. Ce qui constitue aujourd’hui les baies, les rades et les îles de Bretagne était alors un paysage de plaines steppiques et de vallées fluviales.

    • Des plaines à mammouths Au Mont-Dol, il y a 110 000 ans, la baie du Mont-Saint-Michel était une vaste plaine froide parcourue par des troupeaux de mammouths, de rhinocéros et de rennes. Le climat oscillait entre des phases glaciaires intenses et des périodes plus tempérées.
    • Des falaises habitées À Menez Dregan et Saint-Colomban, les hommes s’installaient dans des grottes et des abris au pied de falaises, rendus accessibles par la baisse du niveau marin. Ils taillaient leurs outils dans des galets récoltés sur le littoral.
    • Des steppes sans arbres Il y a 14 000 ans, à Plougastel-Daoulas, la rade de Brest n’existait pas encore. Le paysage était un environnement steppique, parsemé de rares pins et bouleaux, où broutaient des chevaux, des aurochs et des cerfs. Le renne venait de migrer vers le nord.
    Paysage de la préhistoire bretonne, plaine steppique et premiers habitants
    Gravures

    Plougastel-Daoulas : les plus anciennes œuvres d’art de Bretagne

    La préhistoire bretonne ne se limite pas aux ossements et aux outils. Elle a aussi livré des œuvres d’art. Au Rocher de l’Impératrice, un petit abri sous roche situé dans la forêt de Plougastel-Daoulas (Finistère), des fouilles menées depuis 2013 ont mis au jour une soixantaine de plaquettes de schiste gravées d’animaux et de motifs géométriques, datées d’environ 14 000 ans.

    Parmi ces pièces, une gravure se distingue par son caractère unique dans toute la préhistoire européenne : une tête d’aurochs entourée de rayons, comme si l’animal rayonnait. Aucune autre figuration de ce type — un animal associé à des motifs rayonnants — n’a été trouvée dans l’art paléolithique du continent. Sur l’autre face de la même plaquette, la tête du même animal apparaît sans rayons.

    Ce petit campement de chasseurs-cueilleurs nomades, occupé il y a environ 14 000 ans, se rattache à l’Azilien ancien — une période charnière entre le Magdalénien (fin de la dernière glaciation) et les cultures qui suivront. Les gravures de Plougastel-Daoulas sont les plus anciennes traces d’art connues en Bretagne. À l’échelle de l’Europe, moins d’une dizaine de sites bien conservés peuvent être attribués à cette même période.

    Un Lascaux breton ? — La comparaison a ses limites, mais les gravures du Rocher de l’Impératrice représentent les mêmes animaux (chevaux, aurochs) que les peintures rupestres du sud de la France, avec un style graphique qui mêle réalisme figuratif et abstraction géométrique — signe d’une transition culturelle majeure.

    Transition

    Des chasseurs de mammouths aux bâtisseurs de menhirs : le fil d’une longue histoire

    Entre les chasseurs de mammouths du Mont-Dol (110 000 ans) et les bâtisseurs de menhirs de Carnac (à partir de 4 800 avant notre ère), il s’écoule plus de 100 000 ans. La préhistoire bretonne couvre une durée immense, et chaque période a laissé ses traces dans le paysage, le sous-sol ou les collections des musées.

    Au Paléolithique inférieur (465 000 ans), des Homo heidelbergensis maîtrisent le feu à Menez Dregan et chassent sur des plaines aujourd’hui englouties. Au Paléolithique moyen (110 000 ans), des Néandertaliens affrontent mammouths et rhinocéros au Mont-Dol. Au Paléolithique supérieur (14 000 ans), des Homo sapiens gravent des aurochs à Plougastel-Daoulas. Au Mésolithique (11 000 à 7 000 ans), des chasseurs-cueilleurs laissent des sépultures complexes à Téviec et Hoëdic. Puis vient le Néolithique, vers 5 800 avant notre ère, avec l’agriculture, la sédentarisation et la construction des monuments de pierre qui font la renommée de la Bretagne.

    Les mégalithes du Golfe du Morbihan, les alignements de Carnac, le cairn de Gavrinis, le grand menhir brisé de Locmariaquer : tous ces monuments sont l’œuvre de peuples néolithiques. Mais ils ne sont que le dernier chapitre d’une présence humaine qui remonte, en Bretagne, à près d’un demi-million d’années.

    À voir

    Où découvrir la préhistoire en Bretagne

    Si la préhistoire bretonne vous intéresse — au-delà des mégalithes néolithiques —, plusieurs sites et musées permettent de remonter le temps bien plus loin.

    • Le Mont-Dol (Ille-et-Vilaine) Le Musée du Tertre, ouvert en été au sommet du Mont-Dol, présente des objets issus du gisement préhistorique vieux de 110 000 ans : silex, roches, panneaux illustrant l’histoire et la géologie du site. Des visites guidées sont proposées en juillet-août.
    • Menez Dregan à Plouhinec (Finistère) Un centre d’interprétation moderne et un sentier de neuf étapes le long du sentier côtier relient la grotte paléolithique, la nécropole néolithique de la pointe du Souc’h et l’allée couverte de Pors Poulhan. Accès libre et gratuit.
    • Le musée de Préhistoire de Carnac (Morbihan) Premier musée au monde consacré au mégalithisme, il conserve plus de 6 600 objets couvrant 450 000 ans d’histoire humaine — des galets taillés de Saint-Colomban aux parures néolithiques en variscite.
    • Le Parc de Préhistoire de Bretagne à Malansac (Morbihan) Sur 25 hectares, ce parc propose une immersion ludique dans la préhistoire, des dinosaures aux hommes du Néolithique. Accessible à toute la famille.
    • Saint-Malo-de-Phily (Ille-et-Vilaine) Un circuit d’interprétation de 3 km, balisé et ponctué de panneaux, permet de découvrir le site qui a livré les plus anciens outils préhistoriques connus en Bretagne, au bord de la Vilaine.

    Explorer la Bretagne préhistorique

    Des chasseurs de mammouths aux bâtisseurs de mégalithes : la Bretagne porte les traces de 465 000 ans d’histoire humaine.

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