Les phares de Bretagne
Sentinelles de granit — un tiers des phares de France, face à l’Atlantique
La Bretagne concentre plus d’un tiers des phares du littoral français sur ses 2 700 km de côtes. Une centaine d’édifices, dont plus de 70 classés monuments historiques, bâtis pour la plupart entre 1830 et le début du XXe siècle. Qu’ils se dressent en pleine mer face aux tempêtes ou qu’ils veillent depuis une pointe de granit rose, ces phares bretons racontent deux siècles de génie technique, de courage humain et de passion maritime.
L’histoire des phares bretons commence réellement en 1825, lorsque l’ingénieur Augustin Fresnel présente un programme d’éclairage des côtes de France. Grâce à l’invention de sa célèbre lentille optique, une chaîne lumineuse va progressivement ceinturer le littoral. En Bretagne, où les courants violents, les récifs affleurants et les tempêtes faisaient de chaque traversée un pari sur la vie, ce programme prend une ampleur considérable. Les gardiens de phare classaient leurs postes en trois catégories : « Paradis » pour les phares à terre, « Purgatoire » pour ceux des îles, « Enfer » pour les tours de pleine mer.
Aujourd’hui, tous les phares bretons sont automatisés, mais leur patrimoine reste intact. Le Finistère en concentre la majorité avec 56 phares à lui seul — dont cinq rien qu’à Ouessant. Les Côtes d’Armor en comptent une trentaine, le Morbihan une dizaine, et l’Ille-et-Vilaine quelques-uns parmi les plus emblématiques, comme le Grand Jardin à Saint-Malo. Plusieurs se visitent et offrent depuis leur sommet des panoramas saisissants sur le littoral.
Les phares à découvrir en Bretagne
Le phare d’Eckmühl
à Penmarc’h
Avec ses 65 mètres, le phare d’Eckmühl est l’un des plus hauts phares d’Europe et le plus haut de Bretagne. Dressé sur la pointe de Saint-Pierre à l’entrée du port de Saint-Guénolé, sur la commune de Penmarc’h, il a été construit en 1897 grâce au financement de la marquise de Blocqueville, fille du maréchal Davout — prince d’Eckmühl. Son faisceau lumineux porte à 28 milles nautiques, soit environ 52 km.
Classé monument historique, le phare est ouvert au public. Ses 307 marches en spirale — ornées d’un remarquable escalier en opaline et granit — mènent à un panorama circulaire sur la côte du Pays Bigouden et l’océan. C’est l’un des phares les plus photographiés de Bretagne, notamment pour la beauté de son escalier intérieur.
- Penmarc’h, Finistère65 m · 307 marches · 1897 · Classé MH · Ouvert au public · Portée : 28 milles
Le phare de la Jument
au large d’Ouessant
Le phare de la Jument est devenu une icône mondiale grâce à la photographie de Jean Guichard prise en 1989, montrant le gardien Théodore Malgorn ouvrant la porte tandis qu’une vague monstrueuse engloutit la tour. Cette image a fait le tour du monde et a contribué à la renommée internationale des phares bretons. Construit en 1911 sur un rocher au large d’Ouessant, dans la mer d’Iroise, il mesure 47 mètres et porte à 26 milles.
La construction du phare de la Jument a duré sept ans dans des conditions extrêmes : les ouvriers ne pouvaient travailler que quelques heures par an sur ce récif battu par les courants du Fromveur. Toujours en activité, il n’est pas accessible au public mais se découvre depuis la côte d’Ouessant ou lors des croisières en mer d’Iroise.
Ouessant abrite cinq phares à elle seule : le Créac’h, le Stiff, Nividic, Kéréon et la Jument. Le Créac’h, avec sa portée de 32 milles, est l’un des phares les plus puissants d’Europe.
Le phare du Petit Minou
à Plouzané
Construit en 1848 sur un îlot rocheux relié à la terre par un pont en pierre, le phare du Petit Minou indique aux navires la route à suivre pour entrer dans la rade de Brest. Haut de 26 mètres (plan focal), il émet un signal lumineux portant à 19 milles nautiques. Sa silhouette élancée face à la mer d’Iroise en fait l’un des phares les plus photographiés de Bretagne.
Lauréat du Grand Prix du Patrimoine 2025, le phare du Petit Minou est désormais ouvert au public. Ses 89 marches mènent à un panorama exceptionnel sur la rade de Brest, la presqu’île de Crozon et la pointe Saint-Mathieu. L’association Les Vigies du Minou assure les visites et la valorisation de ce site emblématique.
Le phare fonctionne en alignement avec le phare du Portzic : lorsqu’un navire voit les deux feux superposés, il est exactement dans l’axe d’entrée de la rade de Brest.
Le phare de Ploumanac’h
Mean Ruz
Construit en granit rose de la carrière de la Clarté, le phare de Mean Ruz se fond dans le paysage extraordinaire de la Côte de Granit Rose à Perros-Guirec. Érigé en 1860, il mesure 15 mètres et son signal porte à 16 milles nautiques. Automatisé en 1980, il ne nécessite plus de gardiens.
Le phare de Ploumanac’h est ouvert aux visiteurs : 142 marches mènent au sommet d’où la vue embrasse les chaos de granit rose, l’archipel des Sept-Îles et la côte des Côtes d’Armor. Le sentier des douaniers qui longe la pointe offre une promenade parmi les plus belles de Bretagne, entre rochers sculptés par l’érosion et landes de bruyère.
Découvrir le phare de Ploumanac’hLe phare de Goulphar
à Belle-Île-en-Mer
Le Grand Phare de Goulphar domine la côte sauvage de Belle-Île-en-Mer depuis 1836. Haut de 52 mètres, il se dresse sur la pointe de Goulphar à l’ouest de l’île, face à l’Atlantique. Classé monument historique, il sert aujourd’hui de centre de télécontrôle pour les aides à la navigation du Morbihan.
Le phare est ouvert aux visiteurs en saison : ses 247 marches récompensent les grimpeurs d’un panorama vertigineux sur la côte sauvage, les Aiguilles de Port-Coton (immortalisées par Claude Monet) et l’océan à perte de vue. À proximité, le phare des Poulains (18 m), sur la pointe nord de l’île, est associé à la mémoire de Sarah Bernhardt qui y possédait un fort.
- Goulphar, Bangor, Belle-Île52 m · 247 marches · 1836 · Classé MH · Ouvert en saison · Portée : 27 milles
- Les Poulains, Sauzon, Belle-Île18 m · 1868 · Classé MH · Site Sarah Bernhardt accessible à pied à marée basse
Le phare d’Ar-Men
l’enfer des enfers
Ar-Men — « la pierre » en breton — est le phare le plus mythique de Bretagne. Dressé sur un rocher grand comme un mouchoir de poche, au large de l’île de Sein, dans la chaussée houleuse qui porte son nom, il a nécessité quatorze années de travaux (1867-1881) dans des conditions d’une violence inouïe. Les ouvriers ne pouvaient accoster que quelques heures par saison ; la première année, ils n’ont posé qu’un mètre cube de maçonnerie en 42 heures de travail effectif.
Haut de 32 mètres, Ar-Men est le symbole ultime des phares « d’Enfer » — ceux de pleine mer où les gardiens vivaient coupés du monde pendant des semaines, dans le fracas permanent des vagues. Automatisé en 1990, il n’est pas accessible au public mais reste visible par temps clair depuis la pointe du Raz ou lors des croisières autour de l’île de Sein.
Les phares bretons étaient classés en trois catégories par les gardiens : « Paradis » (à terre), « Purgatoire » (sur une île), « Enfer » (en pleine mer). Ar-Men était surnommé « l’enfer des enfers ».
Liste des phares de Bretagne
Phares du Finistère
Le Finistère concentre à lui seul la majorité des phares bretons, avec 56 édifices répartis entre la mer d’Iroise, la côte des Légendes, la rade de Brest et la pointe du Raz. Les voici classés par hauteur décroissante.
| Phare | Commune | Hauteur | Année | Visite |
|---|---|---|---|---|
| Eckmühl | Penmarc’h | 65 m | 1897 | Oui |
| Île Vierge | Plouguerneau | 82,5 m | 1902 | Oui (été) |
| Créac’h | Ouessant | 55 m | 1863 | Non (musée au pied) |
| Grand phare de l’île de Sein | Île-de-Sein | 53 m | 1951 | Non |
| Kéréon | Ouessant (en mer) | 48 m | 1916 | Non |
| La Jument | Ouessant (en mer) | 47 m | 1911 | Non |
| Île de Batz | Île-de-Batz | 43 m | 1836 | Oui |
| Bénodet | Bénodet | 39 m | 1836 | Non |
| Trézien | Plouarzel | 37 m | 1894 | Oui |
| Saint-Mathieu | Plougonvelin | 37 m | 1835 | Oui |
| Nividic | Ouessant (en mer) | 36 m | 1936 | Non |
| Ar-Men | Île-de-Sein (en mer) | 32 m | 1881 | Non |
| Le Stiff | Ouessant | 32 m | 1695 | Oui |
| Pontusval | Brignogan-Plages | 29 m | 1869 | Oui (été) |
| Le Four | Porspoder (en mer) | 28 m | 1874 | Non |
| Les Pierres Noires | Le Conquet (en mer) | 28 m | 1872 | Non |
| La Vieille | Plogoff (en mer) | 27 m | 1887 | Non |
| Penfret | Fouesnant (Glénan) | 24 m | 1838 | Non |
| Petit Minou | Plouzané | 26 m | 1848 | Oui |
| Kermorvan | Le Conquet | 20 m | 1849 | Oui (été) |
| Toulinguet | Camaret-sur-Mer | 20 m | 1848 | Non |
| Tévennec | Domaine public maritime | 15 m | 1875 | Non |
| Langoz | Loctudy | 14 m | 1863 | Non |
| Île Louët | Carantec | 12 m | 1857 | Oui (gîte) |
Phares des Côtes d’Armor
De la Côte de Granit Rose au Cap Fréhel, les Côtes d’Armor abritent une trentaine de phares remarquables, entre pointes de granit et archipels préservés.
| Phare | Commune | Hauteur | Année | Visite |
|---|---|---|---|---|
| Roches-Douvres | En mer (nord de Bréhat) | 58 m | 1868 | Non |
| Héaux de Bréhat | Pleubian (en mer) | 48 m | 1840 | Non |
| Cap Fréhel | Plévenon | 33 m | 1950 | Oui |
| Le Paon | Île-de-Bréhat | 18 m | 1860 | Accès libre |
| Le Rosedo | Île-de-Bréhat | 15 m | 1862 | Non |
| Mean Ruz (Ploumanac’h) | Perros-Guirec | 15 m | 1860 | Oui |
| Les Sept-Îles | Perros-Guirec (en mer) | 14 m | 1835 | Non |
| Les Triagoz | Trégastel (en mer) | 15 m | 1845 | Non |
Phares du Morbihan
Le Morbihan concentre ses phares autour de Belle-Île-en-Mer, de l’île de Groix, du Golfe du Morbihan et de la presqu’île de Quiberon.
| Phare | Commune | Hauteur | Année | Visite |
|---|---|---|---|---|
| Goulphar | Bangor, Belle-Île | 52 m | 1836 | Oui |
| Kervilahouen | Bangor, Belle-Île | 27 m | 1864 | Non |
| Pen-Men | Groix | 27 m | 1836 | Non |
| Pointe des Chats | Groix | 15 m | 1898 | Accès libre |
| La Teignouse | Quiberon (en mer) | 20 m | 1845 | Non |
| Les Grands Cardinaux | Hoëdic (en mer) | 28 m | 1879 | Non |
| Les Poulains | Sauzon, Belle-Île | 18 m | 1868 | Accès libre |
| Port-Navalo | Arzon | 19 m | 1895 | Non |
| Pen Lan | Billiers | 18 m | 1839 | Non |
| Port-Maria | Quiberon | 12 m | 1854 | Non |
Phares d’Ille-et-Vilaine
De la baie du Mont-Saint-Michel à Saint-Malo, l’Ille-et-Vilaine compte peu de phares, mais plusieurs jouent un rôle clé sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées d’Europe.
| Phare | Commune | Hauteur | Année | Visite |
|---|---|---|---|---|
| Grand Jardin | Saint-Malo (en mer) | 24 m | 1868 | Non |
| Pierre-de-Herpin | Cancale (en mer) | 20 m | 1882 | Non |
| Le Rochebonne | Saint-Malo | 16 m | 1869 | Non |
| Bas-Sablons | Saint-Malo | 12 m | 1871 | Non |
Phares de Loire-Atlantique
En Bretagne historique, la Loire-Atlantique abrite quelques phares remarquables autour du Croisic et de l’estuaire de la Loire.
| Phare | Commune | Hauteur | Année | Visite |
|---|---|---|---|---|
| Plateau du Four | Le Croisic (en mer) | 23 m | 1822 | Non |
| Le Croisic | Le Croisic | 25 m | 1872 | Non |
| Pointe de l’Aiguillon | La Turballe | 17 m | 1878 | Non |
Explorer la Bretagne maritime
Activités
Randonnées côtières, croisières, visites guidées, sports nautiques — retrouvez toutes les activités du littoral breton.
Toutes les activitésFêtes maritimes
Brest, Douarnenez, Paimpol, Semaine du Golfe — les fêtes maritimes bretonnes célèbrent le patrimoine naval et les traditions du littoral.
Voir les fêtes maritimes
Continuer
l’exploration de la Bretagne
Les phares ne sont qu’un chapitre du patrimoine maritime breton. Belle-Île-en-Mer, presqu’île de Crozon, île de Groix, Golfe du Morbihan — le littoral breton vous attend.
Où aller en Bretagne ?