Le Morbihan en 7 jours : entre terre et mer
De la côte sauvage aux forêts légendaires
Ce circuit de 7 jours commence face à l’Atlantique, sur la presqu’île de Quiberon, et s’achève sous les chênes de Brocéliande. Entre les deux : des îles, des menhirs, une cité ducale, des villages de granite et une forêt où Merlin rôde encore. Chaque journée mêle grands sites et petits détours — ceux qui font les vrais souvenirs de voyage.
7 jours dans le Morbihan
Le circuit enchaîne côte océanique, îles, mégalithes, Golfe, cités de caractère et forêt de légende. Les trajets entre étapes dépassent rarement 40 minutes — sauf le jour 7 (Brocéliande, 1h15 depuis Vannes), qui vaut chaque kilomètre.
Quiberon : la Côte Sauvage et ses deux visages
Commencez par la Côte Sauvage. Depuis le port de Portivy, le sentier GR34 longe les falaises sur 8 km jusqu’à la pointe du Percho. Le spectacle change à chaque crique : houle qui s’engouffre dans les grottes, surfeurs sur la plage de Port Blanc, arche naturelle creusée dans la roche. Au bout, le château Turpault — manoir néogothique construit en 1904 — marque l’entrée de la pointe. Par beau temps, on aperçoit Belle-Île à l’horizon. Faites des haltes selon vos envies : le sentier est taillé pour ça.
Après l’effervescence de la côte ouest, traversez la presqu’île vers la baie. Le contraste est saisissant : sable fin, eaux calmes, abri des vents d’ouest. Les plages du Grand Rohu et du Conguel sont parfaites pour se poser ou pratiquer la pêche à pied à marée basse. En fin de journée, la rue de Port Maria réunit crêperies et poissonneries. Si vous avez le bec sucré, faites un crochet chez la Maison d’Armorine — les niniches (sucettes au caramel) sont fabriquées ici depuis 1946 et font partie du patrimoine local.
Belle-Île-en-Mer : une journée sur la plus grande île bretonne
Premier ferry du matin depuis Quiberon (vers 7h en été). À l’arrivée au Palais, trois options : louer un vélo sur le port, enfiler les chaussures de rando, ou monter dans le bus qui fait le tour des sites. Cap au sud-ouest vers les aiguilles de Port-Coton — en 1886, Claude Monet a planté son chevalet ici deux mois durant et en a tiré 39 toiles. Le paysage n’a pas bougé d’un menhir. Ne manquez pas la Pointe des Poulains au nord : le fort de Sarah Bernhardt, restauré par le Conservatoire du Littoral, domine le promontoire. La comédienne y passait chaque été de 1894 à 1922.
Si vous avez le temps, faites une halte à Sauzon. Ce petit port aux maisons blanches et volets colorés est l’endroit parfait pour un déjeuner sur le quai — sardines grillées ou galette complète face aux bateaux. Les villages de Locmaria et Bangor, plus discrets, méritent aussi un détour pour leur calme et leurs plages accessibles à pied depuis le GR340. Retour au Palais pour le dernier ferry (vers 20h-21h en été).
Le GR340 fait le tour complet de l’île sur 80 km — comptez 4 à 5 jours de marche. Pour une journée, concentrez-vous sur le triangle Le Palais – Sauzon – Port-Coton.
Carnac et Locmariaquer : 6 000 ans de pierres dressées
Profitez de la lumière du matin pour les alignements de Carnac. L’atmosphère est particulière quand le soleil rase les 3 000 menhirs — ces pierres érigées entre 4800 et 3500 av. J.-C. restent une énigme. L’alignement de Kermario (1 029 menhirs sur 10 rangées) est le plus photogénique. D’avril à octobre, la visite guidée (1h, ~11 €, réservation conseillée) donne des clés de compréhension. Hors saison, le site est en accès libre. Après la visite, Carnac offre aussi de belles plages si vous avez envie d’une pause entre deux époques.
L’après-midi, direction Locmariaquer (15 min). Le Grand Menhir Brisé gît au sol en quatre morceaux : debout, il mesurait 20,30 m pour 280 tonnes — la plus grande pierre dressée connue du Néolithique. La Table des Marchands (dolmen à couloir) porte des gravures de haches et de croissants. Le tumulus d’Er-Grah (140 m de long) complète l’ensemble (billet groupé ~7 €). Avant de repartir, poussez jusqu’à la pointe de Kerpenhir : la vue porte sur l’entrée du Golfe du Morbihan et l’océan, et le panorama vaut les 10 minutes de marche.
Vannes et le coucher de soleil à Arradon
Commencez par les ruelles de la vieille ville. Rue Noé, cherchez « Vannes et sa femme » — deux bustes de granite du XVIe siècle à l’angle d’une maison à pans de bois, dont personne ne connaît l’identité. Montez vers la cathédrale Saint-Pierre et la place Henri IV. Pour le déjeuner, les Halles des Lices (marché couvert, ~30 commerçants, ouvert du mardi au dimanche 8h-14h, tous les jours en juillet-août) proposent huîtres d’Arradon, tommes de Rhuys et kouign-amann à déguster sur place à l’espace restauration. Si vous aimez marcher, prolongez jusqu’à la presqu’île de Conleau — sa piscine d’eau de mer et ses cafés face aux bateaux offrent une pause nature à 5 minutes du centre.
En fin de journée, prenez la voiture (10 min) ou le sentier côtier direction la pointe d’Arradon. C’est le rendez-vous que les Vannetais ne ratent pas quand le ciel est dégagé : le soleil descend derrière l’île aux Moines, le ciel passe du rose à l’orange, et les eaux du Golfe deviennent un miroir. La passe qui sépare Arradon de l’île aux Moines ne fait que 14 mètres de fond — on a l’impression de pouvoir y nager. Arrivez 45 minutes avant le coucher pour profiter de la lumière rasante sur les parcs à huîtres et les voiliers au mouillage. C’est l’un des plus beaux spots de Bretagne pour finir une journée.
La presqu’île de Rhuys : Suscinio, Penvins et la pointe de Pembert
Le château de Suscinio surgit entre les marais et les dunes, face à l’océan. Construit au XIIIe siècle comme résidence de chasse des ducs de Bretagne, il plonge ses douves dans un cadre qui n’a rien perdu de sa force. La plage de Suscinio, juste devant, déroule plus d’un kilomètre de sable protégé par les dunes. Après la visite, poussez vers Penvins — cette pointe discrète, entre chapelle et plage, offre une escapade iodée loin de la foule. C’est l’endroit parfait pour un pique-nique face au large.
L’après-midi, deux options de randonnée. Côté océan : le sentier des falaises du Grand Mont (Saint-Gildas-de-Rhuys) — deux heures de marche le long de la lande bretonne, avec l’océan couleur « glaz » (ce bleu-vert que les Bretons sont les seuls à nommer). Côté Golfe : direction la pointe de Pembert. Depuis les sentiers, vous contemplez l’île de Gavrinis, les cromlechs semi-immergés d’Er Lannic et des dizaines d’îlots baignés par les courants. C’est l’un des points de vue les plus saisissants sur la mer intérieure — et probablement le moins connu des visiteurs.
Petites cités de caractère : Rochefort, Lizio et Josselin
Le matin, Rochefort-en-Terre. Élu « village préféré des Français » en 2016 (émission de Stéphane Bern), ce bourg de 650 habitants dressé sur un éperon rocheux a gardé son authenticité malgré l’afflux de visiteurs. Flânez dans les ruelles pavées de la place du Puits et de la rue Saint-Michel — les maisons à encorbellement des XVIe et XVIIe siècles croulent sous les géraniums et le lierre. Le château, racheté et restauré au début du XXe siècle par le peintre américain Alfred Klots, ne se visite plus mais le parc est en accès libre et la vue sur la vallée du Gueuzon est superbe. Un conseil : venez tôt, avant 10h, pour profiter des ruelles quasi vides.
Après le déjeuner, bifurquez vers Lizio (20 min). L’Univers du Poète Ferrailleur, c’est le monde de Robert Coudray : 30 ans de création, près d’une centaine de sculptures animées, fontaines musicales et machines poétiques, assemblées avec des objets de récupération. On tourne des manivelles, on pédale, on appuie sur des boutons — et la ferraille prend vie. Comptez 2 bonnes heures (8,50 € adulte, ouvert d’avril à début novembre). Terminez la journée à Josselin (30 min) : le château des Rohan, fondé au XIe siècle, domine le canal de Nantes à Brest depuis sa façade de granite. Offrez-vous une balade sur le chemin de halage le long du canal — lumière douce, péniches au ralenti, hérons cendrés dans les roseaux.
Brocéliande : le Val sans Retour et l’Arbre d’Or
Dernier jour, changement de décor radical. Depuis le village de Tréhorenteuc (labellisé Commune du Patrimoine Rural), la boucle du Val sans Retour plonge dans le domaine de la fée Morgane. Le sentier démarre par l’Arbre d’Or — un châtaignier recouvert de feuilles d’or, érigé en 1991 par le sculpteur François Davin après l’incendie qui a ravagé 500 hectares l’année précédente. Juste à côté, l’étang du Miroir aux Fées : la légende raconte que sept fées-sœurs y observaient leur reflet, et que la surface de l’eau reste immobile car la forêt bloque tout vent. Dans la lumière du matin, l’effet est réel.
Montez ensuite vers les crêtes (passage un peu escarpé, bonnes chaussures obligatoires). Le panorama sur le vallon de lande et de schiste rouge récompense l’effort. En chemin : le Rocher des Faux Amants (deux amants pétrifiés par la colère de Morgane, dit la légende), le Siège de Merlin et l’Hotié de Viviane. La boucle courte fait 4 km, la complète environ 15 km. Avant de repartir, visitez l’église de Tréhorenteuc — dite « l’église du Graal ». Restaurée entre 1942 et 1962 par l’abbé Gillard, elle mêle symbolique chrétienne et légendes arthuriennes dans ses vitraux et ses peintures. Un lieu unique en Europe.
En été, le Val sans Retour est très fréquenté. Privilégiez le matin (avant 10h) ou la fin de journée. Les offices de tourisme proposent des balades contées les week-ends et vacances scolaires — une façon de découvrir les légendes racontées sur place par un guide passionné.
Envie de prolonger le séjour ?
Avec trois jours de plus, ajoutez une croisière dans le Golfe et la visite du cairn de Gavrinis (UNESCO 2025), Lorient et sa Cité de la Voile, ou encore le port de Saint-Goustan à Auray — où Benjamin Franklin a débarqué en 1776. Retrouvez nos autres itinéraires pour aller plus loin.