Aller au contenu
    Le Notre-Dame de Béquerel, réplique du forban du Bono, naviguant dans le Golfe du Morbihan
    Forban
    Patrimoine maritime · Le Bono, Morbihan

    Le forban du Bono bateau typique du Golfe du Morbihan

    La chaloupe de pêche qui a fait la renommée du Bono.

    Dans le Golfe du Morbihan, deux ports ont forgé leur identité autour d’un bateau : Séné avec le sinagot, et Le Bono avec le forban. Chaloupe robuste à deux mâts, non pontée, construite en chêne avec des voiles rougies à l’ocre, le forban a dominé la pêche au chalut dans la petite mer intérieure pendant plus d’un siècle. En 1906, on comptait 93 forbans et plus de 400 marins au Bono. Aujourd’hui, une réplique fidèle — le Notre-Dame de Béquerel — navigue à nouveau sur les eaux du Golfe.

    Découvrir

    Le forban, chaloupe de pêche emblématique du Bono

    La première description connue du forban date de 1847, dans les archives départementales du Morbihan. Le dictionnaire d’Ogée les décrit alors comme des chaloupes « construites sur un gabarit particulier qui ne se rencontre que dans cette localité ». Concrètement, le forban se distingue par sa poupe arrondie — à la différence du sinagot, pointu aux deux bouts. Sa carcasse est en chêne, ses mâts en sapin, et ses voiles sont rougies à l’ocre ou à l’écorce de pin. Deux mâts portent un foc, une misaine et une grande voile quadrangulaire. L’équipage se compose de trois à quatre hommes : le patron, un ou deux matelots et un mousse.

    C’est l’installation d’un premier charpentier de marine, Vincent Hervé, à la fin du XVIIIe siècle, qui lance la construction des forbans au Bono. En 1794, la flottille compte déjà 18 unités. Par la suite, le chantier Le Blévec assure la production jusqu’en 1878. S’ouvre alors l’ère des forbans concarnois : pendant trente ans, Concarneau fournit plus de 180 bateaux neufs aux pêcheurs du Bono. En 1909, le chantier Querrien rouvre la construction locale et produit 25 forbans jusqu’en 1918 — dont le Quatorze Août, dernier forban construit au Bono.

    D’abord utilisés pour la pêche à la traîne (stokenn) entre Quiberon et les Glénan, les forbans se tournent vers le chalut à perche à partir de 1877. Les pêcheurs descendent alors chaluter entre Le Croisic et l’île d’Yeu, profitant des nouvelles criées reliées au réseau ferroviaire. En été, les forbans prennent leurs quartiers au Croisic, au Pouliguen et à Belle-Île. Ce développement est tel qu’en 1882, le port du Bono se dote d’un môle pour abriter la flotte. Au tournant du XXe siècle, plus d’une centaine de forbans se pressent bord à bord dans le havre naturel du Sal.

    Le forban du Bono sous voiles dans le Golfe du Morbihan Forban du Bono, chaloupe traditionnelle à deux mâts
    Origine du nom

    Pourquoi le nom de forban

    En français, un forban désigne un pirate — quelqu’un qui entreprend une expédition armée en mer sans autorisation. Alors, pourquoi ce nom pour une simple chaloupe de pêche ? L’origine reste débattue, mais la version la plus répandue tient à la réputation des pêcheurs du Bono auprès de leurs voisins.

    Les pêcheurs de Séné et les autres riverains du Golfe considéraient en effet les Bonovistes comme des gens peu fréquentables — des durs, réputés pour le dragage frauduleux des bancs d’huîtres et quelques larcins sur les parcs ostréicoles. Le surnom de « forban » leur a donc été donné, puis s’est étendu à leurs bateaux. Par la suite, les pêcheurs du Bono ont repris ce sobriquet à leur compte. L’identité du forban était née.

    Le forban du Bono, bateau traditionnel dans le port du Bono, Morbihan Bateau traditionnel breton, le forban du Bono sous voiles
    Notre-Dame de Béquerel

    La réplique du forban qui navigue aujourd’hui

    Dans les années 1930, la crise économique et l’échec de la motorisation des forbans accélèrent le déclin du port. Les pêcheurs se tournent vers les chalutiers de Lorient, Concarneau ou La Rochelle. À la fin du XXe siècle, les forbans ont totalement disparu — contrairement aux sinagots, dont quelques exemplaires ont pu être restaurés.

    En 1989, l’association Le Forban du Bono voit le jour avec un objectif précis : reconstruire un forban. Le projet s’inscrit dans le concours des « Bateaux des Côtes de France » lancé par le Chasse-Marée en vue du rassemblement de Brest 92. Faute de plans d’origine, les fondateurs s’appuient sur une esquisse de Firmin Brizard, ancien charpentier de marine, et sur le certificat de jauge du Quatorze Août (A 186), dernier forban construit en 1918. Claude Maho réalise d’abord une maquette, puis Yann Mauffret du chantier du Guip établit les plans définitifs.

    La construction se déroule de novembre 1990 à juin 1991 à Saint-Goustan, par les stagiaires charpentiers de marine de l’AFPA d’Auray, sous la supervision du chantier du Guip de l’île aux Moines. Les ferrures sont fabriquées par les élèves du lycée professionnel Du Guesclin d’Auray. Le bateau est mis à l’eau le 15 juin 1991, puis béni le 13 août lors de la première fête maritime du Bono.

    Ses dimensions : 15,50 mètres de longueur hors tout, 10,08 mètres de coque, 3,40 mètres de largeur, 1,64 mètre de tirant d’eau, 9 tonnes de déplacement et 103 m² de surface de voilure. Le Notre-Dame de Béquerel a obtenu le label BIP (Bateau d’intérêt patrimonial) de la Fondation du patrimoine maritime et fluvial. Son nom fait référence à la chapelle Notre-Dame de Béquerel, située entre Le Bono et Plougoumelen — un lieu de pardon où les femmes de marins venaient balayer le chœur dans la direction des vents souhaités pour hâter le retour de leurs époux.

    Comparaison

    Forban et sinagot, deux bateaux du Golfe

    Les deux chaloupes partagent les mêmes eaux, mais leurs caractéristiques diffèrent nettement. Le forban est plus grand et plus puissant que le sinagot. Sa poupe est arrondie, là où le sinagot est pointu aux deux bouts. Côté navigation, le forban offre une marche supérieure — il file plus vite — mais reste plus difficile à manœuvrer.

    Leurs zones de pêche divergent également. Les sinagots restent essentiellement dans la petite mer intérieure et ses abords. Les forbans, quant à eux, sortent en grande mer (Morvraz en breton) : baie de Quiberon, parages de Houat et Hoëdic, jusqu’à la baie de la Vilaine et au-delà. Ils pratiquent la pêche à la drague et au chalut à perche pour attraper bars, lieus, harengs et rougets.

    Autre différence notable : les sinagots n’ont jamais totalement disparu. Quelques exemplaires ont été restaurés et naviguent encore. Les forbans, en revanche, avaient complètement disparu à la fin du XXe siècle. Le Notre-Dame de Béquerel est donc la seule réplique existante de ce type de bateau.

    Pratique

    Découvrir le forban du Bono

    Port d’attache

    Le Notre-Dame de Béquerel mouille dans la rivière du Bono, affluent de la rivière d’Auray. On l’aperçoit régulièrement depuis le port et les quais du Bono.

    Naviguer à bord

    L’association Le Forban du Bono organise des sorties en mer pour ses adhérents dans le Golfe du Morbihan et en baie de Quiberon. L’adhésion est ouverte à tous, marins confirmés ou débutants.

    Événements

    Le Notre-Dame de Béquerel participe aux grands rassemblements maritimes : Semaine du Golfe, fêtes de Brest et Douarnenez, fêtes maritimes locales. On le croise aussi lors des fêtes du port du Bono.

    Bon à savoir

    Le Notre-Dame de Béquerel porte le label BIP (Bateau d’intérêt patrimonial). Son nom fait référence à la chapelle de Béquerel, entre Le Bono et Plougoumelen — un lieu de pèlerinage des femmes de marins.

    Association Le Forban du Bono — Mairie du Bono, 56400 Le Bono — Tél. : 06 72 58 68 76 — le site officiel de l’association.

    Découvrir Le Bono et le Golfe

    Le Bono se situe au confluent de la rivière d’Auray et de la rivière du Bono, à l’entrée nord du Golfe du Morbihan. Entre son vieux pont suspendu, son port de caractère et le forban, la commune est l’un des lieux les plus attachants de la petite mer intérieure.

    Partager :