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    Sinagots aux voiles rouges naviguant dans le Golfe du Morbihan lors de la Semaine du Golfe
    Sinagot
    Patrimoine maritime · Séné, Morbihan

    Le sinagot ou sinago bateau emblématique du Golfe du Morbihan

    Coque noire, voiles ocre rouge : la silhouette du Golfe.

    Ceux qui ont navigué dans le Golfe du Morbihan reconnaissent cette silhouette entre toutes. Deux mâts, une coque noire, des voiles teintées d’ocre rouge : le sinagot est le bateau de Séné, indissociable de la petite mer intérieure. Construit dès le milieu du XIXe siècle pour la pêche et la drague des huîtres, il a failli disparaître avec la motorisation. Aujourd’hui, six sinagots naviguent encore sur le Golfe — entretenus par des associations qui perpétuent la mémoire des gens de mer.

    Histoire

    Un bateau de pêcheurs né à Séné

    Le sinagot — que l’on écrit aussi sinago, les deux orthographes coexistent — tire son nom des habitants de Séné, commune qui borde la rive sud du Golfe du Morbihan. Dans la première moitié du XIXe siècle, ces chaloupes ne portaient qu’un seul mât et une voile carrée, dite « en bannière ». À partir de 1857, le chantier Martin de Kerdavid, à Séné, lance les premiers sinagots à deux mâts. Ce gréement plus puissant permet alors aux pêcheurs de sortir du Golfe et d’atteindre la baie de Quiberon.

    Trois générations de la famille Martin construisent ainsi près de 400 sinagots entre la fin du XIXe siècle et 1918. Après la Première Guerre mondiale, le chantier Querrien au Bono prend le relais et poursuit la production jusqu’en 1943. Au total, 652 unités sortent de ces deux chantiers. La flottille atteint son apogée dans les années 1910, avec plus de 150 sinagots en activité. Les pêcheurs les utilisent pour la drague des huîtres sauvages, la pêche à la crevette (appelée localement « chevrette ») et le chalut côtier.

    L’équipage se limitait à une ou deux personnes — le patron et un matelot, souvent sa femme. En effet, les femmes de Séné partageaient pleinement la vie à bord. Elles aidaient aux manœuvres, pêchaient, puis transportaient poissons et coquillages dans des paniers en osier posés sur la tête pour aller les vendre au marché de Vannes. Pendant les deux guerres mondiales, ce sont elles qui ont entretenu la flottille et formé les jeunes matelots. Sans leur engagement, les sinagots n’auraient pas survécu à l’absence des pêcheurs.

    Sinagots aux voiles rouges naviguant dans le Golfe du Morbihan Bateau traditionnel dans le paysage du Golfe du Morbihan
    Anatomie

    Reconnaître un sinagot sur l’eau

    Le sinagot est une chaloupe à deux mâts, gréée en voiles au tiers. Le plus petit mât, le mât de misaine, se dresse à l’avant près de l’étrave et porte la misaine. Le grand mât, dit de taille-vent, se trouve au centre du bateau et soutient la grand-voile. Contrairement à la plupart des chaloupes, ces mâts ne sont pas haubanés — ils tiennent par des pièces de bois internes, ce qui facilite les manœuvres dans l’espace resserré du Golfe.

    La coque, construite en chêne, est enduite de coaltar (goudron) qui lui donne sa couleur noire caractéristique. Pointue aux deux extrémités, elle présente un faible tirant d’eau — un atout pour se faufiler au-dessus des hauts-fonds du Golfe et s’échouer en douceur dans les vasières à marée basse. La principale particularité technique réside dans la position du maître-bau (la largeur maximale de la coque) : sur un sinagot, il se situe au tiers avant. C’est d’ailleurs ce qui le distingue du « forban » du Bono, dont le maître-bau se place au tiers arrière — une rivalité historique entre les pêcheurs des deux ports.

    Quant aux voiles, leur couleur rouge ocre provient du tannage traditionnel : chaque année, les pêcheurs enduisaient les toiles de coton d’un mélange de suif et d’écorces de pin broyées pour les protéger de l’humidité. C’est cette teinte qui a fait la célébrité des sinagots. Aujourd’hui encore, elle orne le blason de la commune de Séné.

    Sinagot du Golfe du Morbihan Sinagot naviguant devant la maison rose de Séné dans le Golfe du Morbihan
    La flottille

    Les six sinagots du Golfe du Morbihan

    Après la Seconde Guerre mondiale, la motorisation signe le déclin des sinagots. Une cinquantaine sont transformés en bateaux de plaisance et se dispersent — de Nantes à Paris, de la Normandie à l’Atlantique. La plupart finissent par disparaître. En 1969, une poignée de passionnés fonde l’association Les Amis du Sinagot, l’une des plus anciennes associations françaises de sauvegarde du patrimoine maritime. Ce sursaut permet de sauver et de reconstruire plusieurs embarcations. Aujourd’hui, six sinagots naviguent sur le Golfe.

    Les Trois Frères (liston bleu ciel) — Construit en 1943 au chantier Querrien du Bono pour Patern Le Franc, pêcheur de Séné qui avait trois fils. Dernier sinagot authentique encore en navigation, il est classé Monument historique depuis 1983. Propriété des Amis du Sinagot, il a été restauré plusieurs fois, dont une rénovation majeure au chantier du Guip en 2022-2023 avec changement de quille.

    Joli Vent (liston vert) — Construit en 1958 pour la plaisance, c’est l’un des premiers sinagots non destinés à la pêche. Le bateau mesure 11,40 m de long pour 3,50 m de large. Racheté un euro symbolique en 2006 par les Amis du Sinagot, il a été restauré et baptisé lors de la Semaine du Golfe 2009. Ponté et motorisé, il participe à de nombreux rassemblements de bateaux traditionnels.

    Mab er Guip (liston rouge) — Réplique du Vainqueur des Jaloux (1930), construite en 1985 par trois charpentiers du chantier du Guip à l’île aux Moines. Long de 10,50 m, il appartient également aux Amis du Sinagot.

    Jean et Jeanne (liston blanc) — Réplique d’un sinagot de 1905, construit en 1990 au chantier du Guip d’après les plans relevés par Jean-Pierre Le Couvéour sur une épave retrouvée dans l’anse de Montsarrac. Plus petit que les sinagots modernes, avec ses voiles en bannières, il est représentatif de la génération ancienne. Propriété de la commune de Séné, il navigue grâce à l’association Un Sinago pour Séné.

    Crialéis (liston bleu marine) — Réplique du Jouet des Flots (1930), construite en 1990 au chantier du Guip. Long de 11 m pour 3,20 m de large, il peut déployer jusqu’à 75 m² de voile. Géré par l’association Un Sinago Îlois depuis l’île aux Moines.

    Ma Préférée (liston jaune, voiles bleues) — Copie du sinagot du même nom construit en 1933, lancée en 1981 (sous le nom Nicolas Benoit à l’origine). Gérée par l’association Vieilles Voiles de Rhuys.

    Les découvrir

    Où voir et embarquer sur un sinagot

    Le point de départ est Port-Anna, petit port de Séné où les sinagots ont leur attache. En vous y rendant, vous apercevrez sans doute l’un de ces bateaux amarré le long du quai. Un jeu de reconnaissance installé sur le port aide d’ailleurs les visiteurs à identifier chaque embarcation grâce à la couleur de son liston. Le port mérite le détour à lui seul, avec ses bateaux traditionnels et l’esplanade Julien-Martin, nommée en hommage au dernier constructeur de sinagots à Séné.

    Pendant la belle saison, les associations organisent régulièrement des sorties en mer ouvertes au public. L’association Les Amis du Sinagot embarque chaque année plus d’un millier d’adhérents sur ses trois bateaux. L’association Un Sinago pour Séné propose également des journées de navigation sur le Jean et Jeanne, y compris des sorties « femmes navigantes ». En naviguant sur le Golfe, on croise les sinagots au détour des îles, des courants de marée et des mouillages — et l’on comprend pourquoi ces bateaux font partie de toutes les cartes postales.

    Enfin, les sinagots participent à l’ensemble des fêtes maritimes de la saison : la fête des Deux Cales entre Séné et Saint-Armel, la fête du Logeo, la fête du Moulin de Berno à l’île d’Arz, la fête de l’huître à Saint-Goustan, la fête des Voiles Rouges à Port-Anna. La Semaine du Golfe, grand rassemblement biennal de bateaux traditionnels, est l’événement phare : toutes les éditions ont vu défiler Les Trois Frères en tête de flottille. Certains sinagots s’aventurent aussi plus loin — jusqu’aux régates du Bois de la Chaise à Noirmoutier ou aux fêtes maritimes de Brest.

    Pratique

    Avant de partir

    Port-Anna, Séné

    Les sinagots ont leur port d’attache à Port-Anna, sur la presqu’île de Séné. Accès libre au port — les bateaux sont visibles depuis le quai toute l’année.

    Sorties en mer

    Plusieurs associations proposent des sorties en sinagot pendant la saison estivale. Les Amis du Sinagot embarquent sur Les Trois Frères, Joli Vent et Mab er Guip. L’association Un Sinago pour Séné navigue sur le Jean et Jeanne.

    Quand les voir

    Les sinagots naviguent d’avril à octobre. Les grandes occasions sont la Semaine du Golfe (années impaires), la fête des Voiles Rouges à Port-Anna et les fêtes maritimes de l’été.

    Bon à savoir

    Les Trois Frères est le seul sinagot classé Monument historique (1983). Le sinagot figure sur le blason de la commune de Séné. L’association Les Amis du Sinagot, fondée en 1969, est l’une des plus anciennes associations françaises de patrimoine maritime.

    Pour embarquer sur un sinagot ou soutenir leur entretien, consultez le site officiel de l’association Les Amis du Sinagot ou celui de l’association Un Sinago pour Séné.

    Découvrir le patrimoine maritime du Golfe

    Le sinagot est l’âme du Golfe du Morbihan. Depuis Port-Anna, explorez les îles, les fêtes maritimes et les sorties en bateaux traditionnels qui font vivre ce patrimoine.

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