L’Étoile du Roy un trois-mâts historique
47 mètres de bois, 20 canons et trois siècles d’aventures corsaires.
Amarrée au bassin Duguay-Trouin, au pied des remparts de Saint-Malo, l’Étoile du Roy est la réplique d’une frégate corsaire de 1745. Trois mâts, une coque en bois, 310 tonnes, 236 hommes d’équipage : le navire impressionne avant même qu’on y pose le pied. Construite en Turquie en 1996, la frégate est aussi une star de cinéma et une habituée des grandes fêtes maritimes d’Europe. Aujourd’hui, elle accueille le public comme un musée flottant. Monter à bord, c’est plonger dans l’univers de la guerre de course au XVIIIe siècle.
Un navire corsaire à taille réelle
L’Étoile du Roy mesure 47 mètres de long pour 10 mètres de large. C’est le troisième plus grand voilier traditionnel de France, juste derrière l’Hermione. Ses trois mâts — misaine, grand mât et artimon — portent douze voiles, soit 790 m² de toile au total. Le mât de misaine et le grand mât sont gréés en carré, chacun avec trois voiles. L’artimon, quant à lui, porte une brigantine et un hunier carré. À l’avant, le beaupré ajoute un grand foc et un faux foc. L’ensemble forme ainsi un gréement complexe, que seul un équipage entraîné pouvait manœuvrer.
Sur le pont, 20 canons sont alignés — répliques de l’armement d’origine. La figure de proue représente Violette de La Hisse, une femme corsaire imaginaire sculptée dans un tronc de pin de 180 kg. Elle a remplacé en 2012 le « turc » d’origine. À l’arrière, la poupe abrite les quartiers du capitaine avec sa dunette surélevée, ses boiseries et sa table de cartes. La coque noire, rehaussée de liserés rouges et ocre, donne au navire l’allure d’un bâtiment de guerre du siècle des Lumières.
En dessous, l’entrepont reconstitue la vie à bord. Les hamacs y sont serrés les uns contre les autres : 25 couchages dans un espace où les hommes vivaient accroupis ou assis. On y découvre aussi le réfectoire des matelots, la cabine du chirurgien et le carré des officiers avec sa salle à manger. La cuisine, à elle seule, occupe 30 m². En remontant sur le pont, quand on lève les yeux vers les mâts et le réseau de cordages, on comprend concrètement ce que signifiait « armer un navire pour le Roy ».
Du Grand Turk à l’Étoile du Roy
En 1996, le constructeur naval britannique Michael Turk lance un chantier à Marmaris, en Turquie. Son objectif : reproduire entièrement en bois une frégate du XVIIIe siècle pour la série télévisée Hornblower. Le modèle choisi est le HMS Blandford, un bâtiment de la Royal Navy lancé en 1741. Quatre-vingt-dix personnes travaillent pendant huit mois. Le navire est mis à l’eau en 1997 sous le nom de Grand Turk. Il incarne alors le HMS Indefatigable dans la série, diffusée sur ITV de 1998 à 2003.
Après le tournage, le Grand Turk reste en activité en Grande-Bretagne. En 2000, il effectue un tour complet des côtes britanniques sous le parrainage du National Trust. Cinq ans plus tard, en 2005, il remplace le HMS Victory lors du bicentenaire de la bataille de Trafalgar. Puis, en 2010, l’entreprise Étoile Marine Croisières rachète le navire et l’installe à Saint-Malo — la cité corsaire par excellence. Le Grand Turk est alors rebaptisé Étoile du Roy. Ce nouveau nom est une double référence : aux corsaires qui armaient « pour le Roy » et à la flotte de la compagnie, déjà marquée par l’Étoile Molène.
Une vedette du grand écran
Construit pour le cinéma, le navire n’a jamais vraiment quitté les plateaux. Dès 1998, sous le nom de Grand Turk, il incarne des navires de la Royal Navy dans la série Hornblower. Suivent ensuite plusieurs apparitions : Monsieur N. d’Antoine de Caunes en 2003, le film Longitude, puis la série espagnole La Fortuna.
C’est toutefois après son arrivée à Saint-Malo que sa carrière prend une autre dimension. En 2022 et 2023, Martin Bourboulon le choisit pour le diptyque Les Trois Mousquetaires (D’Artagnan et Milady). Les scènes de siège de La Rochelle sont filmées à Saint-Malo. La même année, Ridley Scott l’utilise pour son Napoléon. La frégate est alors déplacée à Malte, à Golden Bay, pour le siège de Toulon en 1793. En 2024, c’est au tour du Comte de Monte-Cristo de La Patellière et Delaporte. Le navire y joue le rôle du Pharaon, le bateau d’Edmond Dantès. Le chef décorateur de ces productions, Stéphane Taillasson, a d’ailleurs reçu le César du Meilleur Décor.
Au total, l’Étoile du Roy a servi de décor à une dizaine de productions. Son authenticité — coque en bois, gréement fonctionnel, intérieurs fidèles au XVIIIe siècle — en fait l’un des navires les plus demandés pour les films en costumes d’époque en Europe.
Où voir l’Étoile du Roy
En dehors des tournages, la frégate participe aux plus grands rassemblements maritimes de la façade atlantique. On la retrouve notamment à l’Armada de Rouen, aux Fêtes maritimes de Brest, à la Semaine du Golfe du Morbihan et au Débord de Loire. Le calendrier des fêtes maritimes bretonnes est donc le meilleur moyen de la croiser sous voiles, aux côtés de centaines de vieux gréements.
Le reste de l’année, l’Étoile du Roy se visite à quai, au bassin Duguay-Trouin, à deux pas de la porte Saint-Vincent. La billetterie se trouve directement sur le pont. Pas de réservation nécessaire. On monte à bord par une passerelle, puis on circule entre le pont principal et l’entrepont. Des panneaux explicatifs jalonnent le parcours. Ils racontent la guerre de course, les figures corsaires malouines, les stratégies de combat et la médecine de bord. La visite dure entre 30 et 45 minutes. On passe notamment devant les hamacs, le réfectoire, la cabine du chirurgien et le carré des officiers. Les enfants, de leur côté, peuvent prendre la barre ou se poster derrière un canon.
Par ailleurs, Étoile Marine Croisières propose des sorties en mer à bord de l’Étoile du Roy. Le navire peut embarquer jusqu’à 120 passagers à la journée. Des croisières événementielles sont également possibles : mariages, séminaires, dîners à quai. La compagnie exploite aussi le Renard, réplique du cotre corsaire de Robert Surcouf, pour des sorties plus courtes dans la baie de Saint-Malo.
Avant de partir
Accès
Bassin Duguay-Trouin, au pied des remparts de Saint-Malo intra-muros.
Bon à savoir
Le navire peut être fermé ponctuellement pour tournage ou sortie en mer. Consultez le site officiel avant votre visite.
Découvrir Saint-Malo
L’Étoile du Roy est l’un des trésors de la cité corsaire. Remparts, plages, forts accessibles à marée basse, ruelles de la ville close et gastronomie de la mer — Saint-Malo mérite bien plus qu’une demi-journée.
