Le canal de Nantes à Brest
364 kilomètres, 238 écluses — une traversée de la Bretagne par les terres
Initié par Napoléon Ier en 1804, achevé en 1842, le canal de Nantes à Brest est l’un des grands ouvrages du XIXe siècle. Ses 364 km de voie d’eau traversent cinq départements en reliant les vallées de l’Erdre, de l’Isac, de l’Oust, du Blavet et de l’Aulne. Aujourd’hui reconverti en axe touristique, il se découvre à vélo, à pied ou en bateau — au rythme lent de ses écluses fleuries et de ses cités de caractère.
Un canal d’un océan à l’autre
Le canal de Nantes à Brest relie la Loire à la rade de Brest en traversant la Bretagne de part en part. Huit rivières canalisées — l’Erdre, l’Isac, l’Oust, le Blavet, le Doré, le Kergoat, l’Hyères et l’Aulne — forment une voie d’eau continue de 364 km, ponctuée de 238 écluses en granit et de maisons éclusières en ardoise. Le canal franchit 555 mètres de dénivellation totale, avec un point culminant à 184 m d’altitude à la tranchée de Glomel, en Côtes d’Armor.
Aujourd’hui, les chemins de halage sont devenus voies vertes et accueillent cyclistes, marcheurs et cavaliers. Les écluses s’ouvrent pour les bateaux de plaisance sans permis. Les maisons éclusières se transforment en gîtes d’étape. Le canal n’est plus navigable dans sa continuité — le barrage de Guerlédan (1928) le coupe en deux tronçons — mais chaque section offre des paysages et un patrimoine remarquables.
Une aventure napoléonienne
En 1804, la supériorité de la Royal Navy oblige Napoléon à imaginer une voie fluviale intérieure pour approvisionner les arsenaux de Brest et Lorient depuis Nantes, à l’abri des canons anglais. Le décret impérial du 7 juin 1811 lance officiellement les travaux. Le chantier est titanesque : trois biefs de partage à creuser, 236 écluses à bâtir. La main-d’œuvre — paysans, prisonniers de guerre espagnols, bagnards de Brest — travaille dans des conditions souvent effroyables, notamment à la tranchée de Glomel, creusée entre 1823 et 1832 dans une région surnommée « la Sibérie de la Bretagne ».
Le canal ouvre à la navigation le 1er janvier 1842. Napoléon III et l’Impératrice Eugénie l’inaugurent en 1858 sur le site de l’écluse de Guilly Glaz, à l’embouchure de l’Aulne. Le développement du chemin de fer sonne rapidement le déclin du trafic commercial. En 1928, la mise en eau du barrage de Guerlédan coupe définitivement le canal en deux. La dernière péniche, le Mistral, décharge son ultime cargaison de sable à Saint-Congard en 1977. Depuis, l’outil industriel s’est mué en patrimoine vivant.
Les étapes à ne pas manquer
Josselin —
la forteresse des Rohan
L’une des plus belles étapes du canal. Le château de Josselin, forteresse des Rohan depuis le XIVe siècle, surplombe l’Oust et le chemin de halage de ses trois tours de granit. Son architecture gothique flamboyant côté jardin contraste avec l’austérité militaire côté rivière. La maison éclusière de Beaufort, en aval, est l’une des plus photographiées du parcours.
Le bourg médiéval vaut une halte prolongée : basilique Notre-Dame du Roncier (pèlerinage marial depuis le IXe siècle), ruelles pavées de maisons à colombages, marché du samedi. Labellisée Petite Cité de Caractère, Josselin est un point d’étape clé sur la Vélodyssée, à 25 km de Pontivy.
Le château se visite d’avril à septembre. La façade intérieure, chef-d’œuvre de dentelle de granit, est l’un des plus beaux exemples de gothique flamboyant civil en Bretagne.
Malestroit —
la perle de l’Oust
Labellisée Petite Cité de Caractère, Malestroit est une escale de charme. Ses maisons médiévales à pans de bois bordent l’Oust, ses ruelles dévoilent des façades sculptées du XVe siècle — dont la célèbre maison de la Truie qui file et son lièvre jouant de la cornemuse — et son église Saint-Gilles mêle roman et gothique.
En aval, l’île aux Pies, site naturel classé, offre des falaises de schiste plongeant dans la rivière — spot d’escalade et de baignade en été. Le tronçon entre Malestroit et Josselin (35 km) est l’un des plus bucoliques du canal. Le canal flirte ici avec la forêt de Brocéliande, à quelques kilomètres du Val sans Retour.
Les façades sculptées sont exceptionnelles : la truie qui file au rouet, le lièvre à la cornemuse, le boulanger frappant sa femme — un bestiaire médiéval en pleine rue.
Pontivy —
Napoléonville
Pontivy est le nœud stratégique du canal : c’est ici que la voie d’eau rejoint le Blavet et que la bretelle vers Lorient (60 km, 28 écluses) prolonge le réseau vers la côte. Napoléon rebaptisa la ville « Napoléonville » et ordonna un quartier impérial au plan géométrique qui contraste avec le vieux quartier médiéval dominé par le château des Rohan (XVe siècle).
En amont, le canal grimpe vers le bief d’Hilvern (129 m d’altitude), alimenté par une rigole de 63 km. En aval, le Blavet descend vers le lac de Guerlédan, plus grand lac artificiel de Bretagne. Pontivy constitue un excellent camp de base pour le centre Bretagne.
- Château des RohanXVe siècle. Expositions temporaires. Chemin de ronde accessible.
- VélodysséeVers Josselin (25 km), vers Carhaix (50 km), vers Lorient (60 km via le Blavet).
Le lac de Guerlédan
et l’abbaye de Bon-Repos
Le barrage de Guerlédan (1923-1930) a noyé 17 écluses et coupé le canal en deux. Mais il a aussi créé le plus grand lac artificiel de Bretagne : 12 km de long, 400 hectares d’eau encaissés dans une vallée boisée aux allures canadiennes. Baignade surveillée en été, kayak, voile, VTT autour du lac.
En amont, l’abbaye de Bon-Repos (XIIe siècle) est l’une des haltes les plus émouvantes du parcours. Ancienne abbaye cistercienne restaurée pierre par pierre, elle accueille chaque été des spectacles son et lumière. Plus loin, la tranchée de Glomel atteint le point culminant du canal à 184 m d’altitude.
Le lac de Guerlédan est l’un des rares lacs bretons où la baignade est autorisée. Base nautique à Beau Rivage. Voie verte autour du lac.
Parcourir le canal à vélo, à pied ou en bateau
La Vélodyssée — l’itinéraire vélo
L’itinéraire européen EuroVelo 1, connu sous le nom de Vélodyssée, emprunte une grande partie du chemin de halage. Entièrement balisé sur voie verte, quasi plat, accessible aux familles. De Nantes à Carhaix, le halage offre un ruban continu de 250 km sans aucune voiture. Comptez 4 à 7 jours, avec des étapes de 35 à 50 km par jour. Les loueurs de vélos et services de transport de bagages sont présents dans toutes les villes-étapes : Redon, Malestroit, Josselin, Pontivy, Rostrenen, Carhaix.
Navigation fluviale — bateaux sans permis
Le canal se navigue en bateau de plaisance sans permis, au rythme de 6 km/h maximum. Bases de location à Sucé-sur-Erdre, Redon, Malestroit, Josselin, Rohan, Châteaulin. Navigation ouverte d’avril à octobre. Le passage des écluses, encore manuel sur la plupart des sections, fait partie du charme. Le canal n’est plus navigable dans sa continuité depuis Guerlédan : navigation possible de Nantes à l’écluse de Trescleff (tronçon est) et de Carhaix à Port-Launay (tronçon ouest).
Randonnée pédestre
Le chemin de halage constitue un itinéraire de 364 km, praticable en environ deux semaines à pied. Interdit à toute circulation motorisée, c’est un sentier exceptionnellement calme et sécurisé, idéal pour les débutants et les familles. De nombreuses boucles de 5 à 25 km permettent de découvrir des tronçons à la journée. Hébergements tout le long : gîtes d’étape, chambres d’hôtes, campings, et certaines maisons éclusières reconverties en gîtes.
Les 238 écluses et les maisons éclusières
Les écluses du canal constituent un ensemble technique remarquable. Construites en granit local entre 1811 et 1842, elles permettent aux bateaux de franchir 555 mètres de dénivellation totale. Chaque écluse était accompagnée de sa maison éclusière, bâtisse en granit et ardoise sur un modèle standardisé : logis central à un étage abaissé avec lucarnes, toit à deux pans, extensions latérales. Les « Nantes à Brestiennes », comme on les appelle, forment une architecture identitaire unique. Certaines sont reconverties en gîtes ou chambres d’hôtes.
Le canal traverse ou longe une dizaine de cités remarquables : Josselin et son château, Malestroit et ses façades sculptées, Rochefort-en-Terre à quelques kilomètres du halage, Redon et son abbaye. La tranchée de Glomel, creusée par les bagnards dans des conditions effroyables, reste l’ouvrage le plus impressionnant — un passage de 3 km au point culminant, à 184 m d’altitude.
Infos pratiques pour parcourir le canal
Vélodyssée
Itinéraire EuroVelo 1, entièrement balisé sur voie verte. Nantes – Carhaix : 250 km. Étapes recommandées : Redon (45 km), Malestroit (35 km), Josselin (35 km), Pontivy (25 km), Carhaix (50 km). Loueurs de vélos et transport de bagages dans toutes les villes-étapes.
Navigation
Bateaux sans permis. Bases de location : Sucé-sur-Erdre, Redon, Malestroit, Josselin, Rohan, Châteaulin. Saison : avril à octobre. Vitesse max : 6 km/h. Éclusage manuel, préavis de 24h sur certaines sections. Mouillage : 1,2 à 1,4 m.
Hébergements
Gîtes d’étape, chambres d’hôtes, campings et maisons éclusières reconverties jalonnent tout le parcours. La Maison du Canal à Pont-Miny (Redon) est à la fois exposition et gîte d’étape.
Bon à savoir
Le canal n’est plus navigable dans sa continuité depuis le barrage de Guerlédan. Tronçon est : Nantes → écluse de Trescleff. Tronçon ouest : Carhaix → Port-Launay. La voie verte contourne le lac et relie les deux sections à vélo.
Explorer la Bretagne intérieure
Le canal n’est qu’un fil conducteur. Josselin, Rochefort-en-Terre, lac de Guerlédan, Golfe du Morbihan — la Bretagne intérieure et le littoral vous attendent.
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