Le bagad de Lann-Bihoué ambassadeur de la Bretagne dans le monde
Le seul bagad militaire de France, en activité depuis 1952.
Trente sonneurs en uniforme de la Marine nationale, cornemuses, bombardes et percussions : le bagad de Lann-Bihoué est la formation de musique bretonne la plus connue en France et à l’étranger. Né par hasard sur la base aéronavale de Lann-Bihoué, près de Lorient, en 1952, ce bagad est devenu au fil des décennies un ambassadeur officiel de la Marine nationale, de la France et du patrimoine celtique. Du Festival Interceltique de Lorient aux Champs-Élysées, de Tokyo à Brasília, il porte les sonorités bretonnes sur les scènes du monde entier.
De la bombarde de l’apéro au bagad de la Marine
L’histoire commence fin août 1952, au poste des officiers mariniers de la base aéronavale de Lann-Bihoué. Le maître-principal Pierre Roumegou découvre une bombarde dans la poche d’un visiteur. Il n’en a pas joué depuis 28 ans, mais sort quelques notes. Les officiers quittent les tables et se mettent à danser. Dans les semaines qui suivent, une dizaine de matelots sonneurs de cornemuse et de bombarde se retrouvent pour jouer ensemble. Le bagad vient de naître — sans le savoir.
La première sortie officielle a lieu à Scaër en 1953, pour le carnaval. Le groupe s’agrandit, se structure et prend la forme des pipe bands écossais. En 1956, le secrétaire d’État aux forces armées officialise la création du bagad par décision ministérielle. Dès lors, les appelés du contingent font leur service militaire au sein de la formation. En 1962, le recrutement s’élargit à tous les conscrits bretons sonneurs, sous l’impulsion de Polig Montjarret, président de la Bodadeg ar Sonerion (l’assemblée des sonneurs bretons).
En 1969, le ministre Michel Debré ordonne la dissolution du bagad. La Bretagne se mobilise : élus, journalistes et public font pression. La décision est annulée, mais le groupe est réduit à 23 musiciens et ses sorties sont limitées à la Bretagne. Le bagad retrouve progressivement son ampleur au cours des années 1970 et 1980. En 1985, Alain Souchon enregistre la chanson « Le Bagad de Lann-Bihoué », qui propulse la formation dans la culture populaire française. En 2001, la professionnalisation des armées marque un tournant : les sonneurs deviennent des musiciens professionnels sous contrat, engagés pour un à quatre ans.
Cornemuses, bombardes et percussions le son du bagad
Le bagad de Lann-Bihoué compte 30 sonneurs répartis en trois pupitres. Huit cornemuses écossaises portent la mélodie principale et donnent au bagad son identité sonore. Treize bombardes — l’instrument roi de la musique bretonne — apportent la puissance et la profondeur harmonique. Enfin, neuf percussionnistes (six batteries écossaises et trois percussions) assurent le tempo et la force rythmique de l’ensemble.
Ce qui distingue cette formation de la plupart des bagadoù civils, c’est que les 30 sonneurs écrivent et arrangent eux-mêmes l’intégralité du répertoire — 90 minutes de musique. Chacun apporte sa personnalité, ses influences et sa connaissance de la tradition bretonne. Le résultat mêle airs ancestraux transmis de génération en génération et compositions originales qui font dialoguer tradition et modernité. Du rond de Loudéac à des créations contemporaines, le répertoire couvre un large spectre de la musique celtique.
Au fil de ses plus de 70 ans d’existence, le bagad a enregistré une quinzaine d’albums et collaboré avec des artistes de premier plan : Alan Stivell, Carlos Nuñez, Tri Yann, Soldat Louis et Celtic Woman, entre autres. Le bagad a également joué devant plusieurs chefs d’État — le général de Gaulle au Québec en 1967, François Mitterrand au Noël de l’Élysée en 1986, Jacques Chirac à Tokyo en 1998, Emmanuel Macron lors de son investiture en 2022. En 2022, pour ses 70 ans, la formation a ouvert le défilé du 14 Juillet sur les Champs-Élysées.
Où voir le bagad de Lann-Bihoué
Le bagad se produit toute l’année lors d’aubades, de défilés et de concerts en France et à l’international. Son calendrier de prestations est approuvé chaque année par le cabinet du chef d’état-major de la Marine. Du Canada à l’Éthiopie, de Copenhague à Tahiti, la formation a porté le patrimoine celtique et l’image de la Marine nationale sur tous les continents.
En 2025-2026, le bagad tourne avec « Odyssée », un spectacle son et lumières qui retrace le parcours d’un jeune homme sur les traces de son père, ancien sonneur. Cette création mêle tradition et innovation, avec des escales musicales de Galway à Tokyo en passant par Rio et Gizeh. La tournée 2026 est lancée — le bagad passe par Marseille, Paimpont et d’autres villes de France. En août, la formation sera au rendez-vous du Festival Interceltique de Lorient, dont elle est l’un des piliers depuis les origines.
Le recrutement se fait chaque année par audition, généralement en septembre, dans les locaux du bagad à Kerbagad, sur la base de Lann-Bihoué. Les candidats doivent passer les tests de recrutement de la Marine nationale, puis une audition musicale exigeante. Le contrat est d’un an, renouvelable trois fois.
Tout savoir sur le bagad
Formation
30 sonneurs militaires professionnels : 8 cornemuses écossaises, 13 bombardes et 9 percussionnistes (6 batteries + 3 percussions). Seul bagad militaire de France.
Base
Base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué, près de Lorient (Morbihan). Les locaux du bagad se trouvent à Kerbagad, sur la base.
Discographie
Une quinzaine d’albums depuis 1952, plus des collaborations avec Alan Stivell, Carlos Nuñez, Tri Yann, Soldat Louis et Celtic Woman.
Bon à savoir
La chanson « Le Bagad de Lann-Bihoué » d’Alain Souchon (1977) a popularisé la formation dans toute la France. Souchon l’a interprétée en direct avec le bagad pour la première fois en 1989, sur le plateau de « Champs-Élysées ».
Le bagad de Lann-Bihoué a reçu le prix du Meilleur Ambassadeur de Bretagne décerné par Produit en Bretagne en 2010.
Découvrir la culture bretonne
Des festoù-noz aux grandes scènes internationales, la musique bretonne est l’un des fils conducteurs de la culture celtique. Bagadoù, groupes trad electro et artistes contemporains perpétuent et réinventent cette tradition.