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    Marais salants de Lasné à Saint-Armel, presqu'île de Rhuys, Golfe du Morbihan
    Lasné · Truscat
    Patrimoine · Bretagne sud

    Marais salants, sel et paludiers de Bretagne sud

    Du sel récolté à la main depuis des siècles, de Guérande au Golfe du Morbihan.

    Le sel a longtemps façonné les côtes de Bretagne sud. De Guérande à la presqu’île de Rhuys, des hommes et des femmes ont aménagé des marais entiers pour en extraire l’or blanc — à la main, par évaporation, sans machines ni produits chimiques. Si Guérande est aujourd’hui la vitrine mondiale de cette tradition, le Golfe du Morbihan a ses propres salines, réhabilitées et de nouveau en activité. Voici ce qu’il faut savoir avant de les découvrir.

    Le sel

    Le sel marin, or blanc de la façade atlantique

    Avant les conserves et les réfrigérateurs, le sel était le seul moyen de conserver les aliments — poissons, viandes, beurre. Sa valeur était telle qu’il servait de monnaie d’échange : les paludiers pouvaient troquer leur récolte contre des céréales lors de leurs tournées en Bretagne intérieure. C’est de là que vient l’expression « l’or blanc ».

    Sur la façade atlantique, la technique d’extraction du sel par évaporation solaire apparaît à l’époque gallo-romaine. Elle supplante progressivement l’ancienne méthode ignigène — qui consistait à chauffer dans des fours en argile de la saumure obtenue par lessivage de sable salé — parce qu’elle est moins destructrice pour les forêts. La technique solaire ne nécessite ni bois ni feu : juste du vent, du soleil, de l’argile imperméable et de la patience. Elle n’a pas fondamentalement changé depuis.

    Le déclin commence au XIXe siècle avec l’essor du sel de mine et du sel méditerranéen raffiné, bien moins chers à produire. L’abolition de la gabelle — la taxe sur le sel, qui avait longtemps rendu le sel atlantique compétitif malgré son coût plus élevé — achève de déstabiliser la filière. Dans les années 1970, les marais salants de Bretagne sud sont en grande partie abandonnés. C’est le retour à une production artisanale de qualité, plébiscitée par des chefs cuisiniers et des consommateurs en quête de produits naturels, qui relance l’activité à partir des années 1980.

    Récolte de la fleur de sel dans un marais salant de Bretagne sud
    Le métier

    Paludiers et salines : comment fonctionne la récolte du sel ?

    Un marais salant est un système hydraulique qui fonctionne par gravité, sans machine ni produit chimique. Tout commence à l’étier, le canal qui relie le marais à la mer. À chaque grande marée, le paludier ouvre des trappes pour laisser entrer l’eau dans la vasière, un grand bassin de décantation où les impuretés se déposent. L’eau circule ensuite de bassin en bassin — cobiers, fares, adernes — en se concentrant progressivement par évaporation naturelle sous l’action du vent et du soleil.

    Elle arrive enfin dans les œillets, des bassins rectangulaires d’environ 7 mètres sur 10, où le sel cristallise. C’est là que le paludier intervient. Le gros sel — gris parce qu’il retient un peu d’argile du fond — est tiré à l’aide du las, un long outil en bois, et mis en tas sur les bordures : les trémets. La fleur de sel, elle, est une fine pellicule blanche qui se forme en surface les après-midis chauds et secs d’été. Elle est cueillie délicatement avant de couler. C’est le produit le plus rare et le plus recherché : un œillet n’en produit que quelques kilos par saison.

    La saison de récolte s’étend de juin à septembre, parfois dès avril selon le climat. Mais le travail du paludier ne s’arrête pas là. En hiver, il protège les salines du gel et entretient les talus. Au printemps, il vide les bassins de l’eau de pluie accumulée, retire la vase des fonds — c’est l’habillage — et remet en état les levées d’argile. C’est un métier physique, entièrement soumis aux aléas climatiques, qui demande une vigilance quotidienne.

    Guérande

    Les marais salants de Guérande, première saline artisanale de France

    Les marais salants de Guérande sont le premier ensemble salicole artisanal en activité en France. Situés sur la presqu’île guérandaise en Loire-Atlantique, ils s’étendent sur près de 2 000 hectares répartis entre deux bassins — Batz-Guérande (1 500 hectares) et le Mès (350 hectares) — exploités par quelque 300 paludiers. Le nom de Guérande vient du breton gwen-rann : le « pays blanc ».

    L’histoire du sel ici remonte à l’Antiquité, mais c’est au IXe siècle que les moines de l’abbaye de Landévennec structurent les salines telles qu’on les connaît encore. Au Moyen Age, les marais guérandais représentent entre 75 et 80 % des surfaces salicoles de toute la façade atlantique. Au XVIe siècle, la compagnie des Indes fait même appel aux terrassiers guérandais pour creuser des canaux en Espagne, en Italie et dans les Caraïbes. Vers 1850, le site compte près de 33 400 œillets cultivés par 950 familles de paludiers.

    Le déclin du XIXe siècle touche Guérande comme partout. Dans les années 1970, une cinquantaine de paludiers seulement tient encore les marais — et un projet immobilier menace de les détruire pour construire une marina entre La Baule et Le Croisic. La mobilisation des paludiers, des riverains et des scientifiques fait échouer le projet. Les marais sont classés, une coopérative se structure, et la fleur de sel de Guérande s’impose sur les tables des grands chefs. Depuis 1995, le site est reconnu zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar.

    Pour visiter les salines guérandaises, plusieurs options : l’écomusée de la Maison des paludiers au village de Saillé, le musée des marais salants à Batz-sur-Mer, et les visites guidées organisées par la coopérative Terre de Sel à Guérande.

    Dans le Golfe

    Marais salants de Saint-Armel et Sarzeau : les salines du Golfe du Morbihan

    Le Golfe du Morbihan a lui aussi ses marais salants. La saliculture y apparaît à la fin du XIIe siècle en presqu’île de Rhuys, et se développe jusqu’au XIXe siècle le long des rivières estuariennes — de Locmariaquer à l’île d’Arz, en passant par Séné, Damgan, le Tour-du-Parc et Saint-Gildas-de-Rhuys. Au XVIIIe siècle, la production connaît un essor spectaculaire, alimenté par la demande croissante et la contrebande liée à la gabelle, qui atteignait parfois 800 % du prix de base — 250 gabelous étaient postés rien qu’à Sarzeau pour surveiller les salines. Puis le sel industriel sonne le glas : la récolte disparaît totalement du Golfe dans les années 1860-70.

    Aujourd’hui, deux salines ont été réhabilitées et sont de nouveau en activité, toutes deux en presqu’île de Rhuys. La saline de Lasné, à Saint-Armel, est propriété du Département du Morbihan. Restaurée en 2002-2003, elle s’étend sur dix hectares et compte 24 œillets. Depuis 2015, c’est la paludière Nathalie Krone — la Paludière du Golfe — qui l’exploite. D’avril à septembre, elle propose des visites guidées sur réservation : une pour adultes, centrée sur le métier, une autre en balade familiale. Le marais de Lasné se trouve à deux pas du passage vers l’île Tascon, accessible à marée basse.

    La saline de Truscat, à Sarzeau, est la plus ancienne du Golfe : elle date de 1463, offerte par le duc de Bretagne à son secrétaire. Abandonnée depuis la Seconde Guerre mondiale, elle a été réhabilitée seul par le paludier Olivier Chenelle en 2016-2017. C’est une propriété privée, accessible depuis Kerbodec — mais l’accès est interdit du 1er octobre au 1er avril par arrêté préfectoral, pour préserver la faune hivernante.

    Les deux salines sont aussi des sites ornithologiques remarquables. Avocettes, spatules blanches, aigrettes, bernaches cravants et sternes pierregarins y nichent ou s’y arrêtent en migration. Et pour les amateurs de couleurs : les teintes des bassins varient du vert au rose et au rouge vif selon la salinité de l’eau, sous l’effet d’une micro-algue, la Dunaliella salina.

    Pratique

    Avant de partir

    Saline de Lasné — Saint-Armel

    Route de Tascon, Saint-Armel, presqu’île de Rhuys. Non loin du passage vers l’île Tascon. Parking disponible à proximité. Visites guidées sur réservation via le site officiel de la Paludière du Golfe.

    Saline de Truscat — Sarzeau

    Accessible depuis Kerbodec, Sarzeau. Propriété privée. Accès interdit du 1er octobre au 1er avril par arrêté préfectoral. Informations sur le site officiel de la saline.

    Saison de récolte

    La saison salicole s’étend de juin à septembre, parfois dès avril selon les conditions. Visites guidées à Lasné d’avril à septembre, uniquement sur réservation.

    Promenade libre autour du marais de Lasné possible toute l’année. Sites classés Espaces Naturels Sensibles — merci de rester sur les chemins balisés et de ne pas déranger la faune, notamment en période de nidification au printemps.

    Explorer la presqu’île de Rhuys

    Les marais salants ne sont qu’une facette de la presqu’île de Rhuys. Entre le château de Suscinio, le GR34 qui longe les côtes du Golfe et les plages côté océan, il y a de quoi passer plusieurs jours sur cette langue de terre.

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