Journée Presqu’île de Rhuys : Sarzeau et Arzon
Du château des ducs de Bretagne au bout du monde breton
Suscinio et ses marais, les plages sauvages de la côte atlantique, le cairn du Petit Mont face au large, Port-Navalo et ses courants légendaires : une journée pour traverser la presqu’île de Rhuys d’est en ouest et comprendre pourquoi cette langue de terre entre Golfe et océan fascine depuis 6 000 ans.
Une journée entre Golfe et Atlantique
La presqu’île de Rhuys s’étire sur 25 kilomètres entre deux mers. Côté nord, le Golfe du Morbihan — la petite mer intérieure — déroule ses criques calmes et ses vasières où hivernent des milliers d’oiseaux. Côté sud, l’Atlantique aligne de grandes plages de sable fin battues par les vagues. Cette journée remonte la presqu’île de Sarzeau jusqu’à la pointe d’Arzon, en trois étapes qui alternent patrimoine, nature et panoramas maritimes.
Suscinio et les marais de Sarzeau
Commencez la journée par le château de Suscinio, résidence de plaisance des ducs de Bretagne depuis le XIIIe siècle. La forteresse surgit au milieu des marais et des dunes, entourée de douves en eau. Jean Ier de Bretagne lança sa construction vers 1240 ; ses successeurs, Jean IV et Jean V, en firent une résidence à la fois défensive et luxueuse, capable d’accueillir une centaine de personnes lors des séjours ducaux. Classé monument historique par Prosper Mérimée en 1840, racheté en ruine par le Département du Morbihan en 1965, le château a retrouvé sa silhouette d’origine après plus de cinquante ans de restauration. Ne manquez pas le pavement médiéval de la chapelle, mis au jour en 1975 — 300 m² de carreaux ornés, parmi les mieux conservés d’Europe.
Autour du château, le domaine est classé Espace Naturel Sensible. Les anciens marais salants de Suscinio abritent une avifaune remarquable — spatules blanches, aigrettes garzettes, gorge-bleue à miroir. Si vous disposez d’une heure supplémentaire, poussez jusqu’aux marais du Duer, à quelques kilomètres vers l’est. Ces 26 hectares d’anciennes salines, classés depuis 1995, sont équipés de deux observatoires en bois d’où l’on peut observer sans les déranger sarcelles, bernaches cravant, courlis cendrés et faucons pèlerins — surtout en hiver. Après la visite, descendez jusqu’à la plage de Suscinio : trois kilomètres de sable fin face à l’océan, avec le château en toile de fond.
Le cairn du Petit Mont et la plage du Fogeo
Cap vers l’ouest de la presqu’île. À Arzon, le cairn du Petit Mont occupe un promontoire qui domine la mer à 36 mètres de hauteur. Ce n’est pas un simple tumulus : trois cairns superposés, construits entre 4 600 et 2 700 avant notre ère, forment un ensemble de 60 mètres de long sur 46 mètres de large — environ 10 000 m³ de pierres assemblées par les communautés néolithiques. Les chambres funéraires, accessibles par des couloirs couverts, abritent des dalles gravées parmi les plus remarquables de Bretagne. À l’époque gallo-romaine, le site servit de temple ; en 1943, l’armée allemande y construisit un bunker, exploitant la hauteur stratégique du lieu pour surveiller le Golfe et l’océan. Six mille ans d’histoire empilés sur un même rocher.
Depuis le sommet du cairn, le panorama embrasse la baie de Quiberon, les silhouettes de Belle-Île, Houat et Hoëdic au large, la pointe de Kerpenhir à Locmariaquer et l’ensemble du Golfe avec l’île de Gavrinis en face. Trois circuits balisés permettent de prolonger la visite : un tour du tumulus (900 mètres), une boucle à travers la lande (1,5 km) ou un grand circuit par le sentier côtier (2,5 km le long des falaises). En redescendant, la plage du Fogeo est à dix minutes à pied — sable fin doré, parc de loisirs de 9 hectares en arrière-plan et baignade surveillée en été.
Visite jumelée. En été, une liaison maritime relie Port-Navalo à Larmor-Baden pour coupler la visite du Petit Mont avec celle du cairn de Gavrinis. Le billet jumelé est disponible à l’accueil du site.
Port-Navalo et le port du Crouesty
Dernière étape au bout de la presqu’île. Port-Navalo garde l’entrée du Golfe du Morbihan depuis le XIXe siècle, quand le village servait de port de pêche côtière. Son phare vert et blanc, érigé en 1895, marque le goulot où la petite mer intérieure communique avec l’Atlantique — à peine un kilomètre sépare ici la pointe d’Arzon de Locmariaquer sur la rive opposée. Le spectacle des courants de marée est saisissant : le courant de la Jument y atteint 9 nœuds, ce qui en fait le deuxième plus puissant d’Europe. À mi-marée, les bateaux qui entrent et sortent du Golfe luttent visiblement contre le flot. Promenez-vous sur la corniche du phare pour observer ce ballet incessant, puis redescendez vers la petite plage de Port-Navalo — c’est l’un des plus beaux points de vue de la côte pour le coucher de soleil.
À deux kilomètres, le port du Crouesty offre un tout autre registre. Premier port de plaisance de Bretagne avec ses 1 432 anneaux, il aligne quais animés, boutiques et terrasses face aux mâts des voiliers. C’est aussi le point de départ de croisières dans le Golfe et de traversées vers les îles du large. Pour terminer la journée, installez-vous en terrasse face au port avec un plateau d’huîtres et un verre de muscadet — la marée descendante emportera doucement les dernières lueurs du jour sur la baie de Quiberon.
Circulation en été. La presqu’île est desservie par une seule route principale (D780). En juillet-août, le retour de plage entre 17 h et 18 h peut être long. Privilégiez un dîner sur place pour repartir après 20 h, ou explorez la presqu’île à vélo — la voie verte Vélocéan relie Sarzeau à Arzon à l’écart des voitures.
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